Le Conseil des ministres du 8 septembre 2025, sous l’impulsion du président Brice Clotaire Oligui Nguema et du ministre d’État de l’Économie et du Budget, Henri-Claude Oyima, a franchi un pas décisif : imposer la gabonisation des directions générales des établissements financiers et bancaires. Une décision applaudie par nombre de compatriotes qui y voient « la souveraineté enfin retrouvée ». Mais derrière l’enthousiasme, plane l’ombre de la roublardise, ce serpent qui rampe silencieusement pour contourner l’État, si aucun mécanisme de surveillance n’est mis en place.
Dans d’autres contrées, le principe de préférence nationale ne souffre d’aucune contestation. Au Sénégal, aucun investisseur étranger ne peut installer à la tête d’une banque un de ses compatriotes car la loi ne l’autorise pas. En Afrique du Sud, première puissance bancaire du continent, Standard Bank Group, présente dans 21 pays, confie partout les rênes aux nationaux. Même logique pour Absa Bank Group, implantée dans 13 pays, et pour FirstRand, troisième acteur bancaire africain. Ces géants appliquent une règle d’or : « investir chez vous, mais confier la clé de la maison à vos propres fils et filles ».
À l’inverse, certaines pratiques au Gabon révèlent une autre réalité. Orabank est dirigée par Mevi Carlos Maxime, non-gabonais, tout comme Ecobank, qui multiplie les nominations étrangères, sauf au Sénégal où Sahid Yallou incarne la volonté nationale. UBA Gabon, banque d’origine nigériane, affiche fièrement une nigérianne comme directrice générale à Libreville, Eugenia Onyekwelu. Les Marocains d’Attijariwafa Bank, avec 25 filiales en Afrique et en Europe, préfèrent nommer leurs propres cadres, ce qui dénote un rejet de l’expertise locale, à l’exception notable du Crédit du Sénégal confié à Modou Seye. Là-bas au Sénégal , la préférence nationale s’impose comme un bouclier de souveraineté, non comme un rejet de l’étranger.
Le cas camerounais illustre également le paradoxe. Dans nos microfinances, Finam et Express Union, dirigées par Léonard Koffi Gassre et Fossouo Fotso Christophe, la majorité des employés – même les caissières – viendraient du Cameroun. Pourtant, la BGFI Bank, implantée à Douala et Yaoundé, confie son management à Abakal Mahatmat, Camerounais, et recrute massivement sur place. Pourquoi donc accepter ici ce que nos voisins n’accepteraient jamais chez eux ?
La gabonisation, telle que pensée aujourd’hui, est une affirmation de souveraineté économique. Elle ne consiste pas à ériger des murs de rejet, mais à dresser des ponts solides où l’expertise locale irrigue l’économie nationale. C’est aussi un moyen de corriger les dérives : mauvaises pratiques de crédit, corruption rampante, exclusion financière des populations défavorisées. Comme le rappelle le ministre d’État, la microfinance doit devenir « un levier de développement inclusif ».
Cependant, vigilance ! Les investisseurs pourraient céder à une roublardise subtile : placer des Gabonais en façade tout en gardant les leviers stratégiques en arrière-plan. Or, une telle mise en scène ne serait qu’un trompe-l’œil, une souveraineté en carton. L’État doit donc aller plus loin : audits réguliers, quotas clairs pour l’emploi national, et obligation de confier les postes stratégiques aux nationaux.
Le Gabon ne peut se gouverner à reculons, laissant sa jeunesse au chômage pendant que d’autres importent leurs compatriotes même pour des fonctions modestes. La gabonisation n’est pas un luxe, mais une exigence vitale. Comme le lion dans la savane, le Gabon doit rugir pour défendre son territoire économique. Car un gouvernement incapable d’offrir des opportunités à son peuple perd sa dignité et sa légitimité.












































