Selon le dernier baromètre économique de la CEMAC, publié par la Banque mondiale en décembre 2025, le Gabon affiche le revenu par habitant le plus élevé de la zone : 8 270 dollars annuels. Il devance la Guinée Équatoriale (6 745 dollars), le Congo (2 509 dollars), le Cameroun (1 805 dollars), le Tchad (977 dollars) et la République Centrafricaine (531 dollars).
Plus frappant encore dans cette zone CEMAC : le PIB gabonais par habitant dépasse à lui seul la somme des revenus par habitant du Congo, du Cameroun, du Tchad et de la RCA réunis. Sur le plan des statistiques macroéconomiques, le Gabon n’a pas d’équivalent dans la sous-région.
Mais derrière ces chiffres flatteurs se cache une réalité quotidienne que les habitants de Libreville, de Port-Gentil, de Franceville ou de l’intérieur du pays connaissent trop bien.
Une richesse captée, pas redistribuée
Le PIB par habitant est une moyenne. Et comme toute moyenne, elle masque des inégalités profondes. Au Gabon, les revenus issus du pétrole, du manganèse et du bois ont historiquement profité à une minorité, laissant la majorité de la population en marge de cette prospérité affichée.
Le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) reste déconnecté du coût réel de la vie. Les loyers à Libreville figurent parmi les plus chers d’Afrique centrale. Les produits alimentaires importés pèsent lourd dans le budget des ménages. Résultat : un travailleur au revenu médian consacre l’essentiel de sa paie au logement et à l’alimentation, sans filet de sécurité en cas d’imprévu.
Électricité, eau, infrastructures : les défaillances qui brisent l’illusion
Ce qui choque le plus dans ce paradoxe, c’est le contraste entre la richesse théorique du pays et la défaillance des services de base. Les coupures d’électricité sont chroniques dans de nombreux quartiers, y compris dans la capitale. L’accès à l’eau potable reste aléatoire pour une part significative de la population urbaine et rurale.
Comment un pays classé premier de sa zone économique régionale peut-il peiner à garantir l’électricité et l’eau courante à ses habitants ? La réponse réside dans des décennies de sous-investissement dans les infrastructures publiques, une gouvernance perfectible et une dépendance excessive aux ressources extractives dont les bénéfices ont rarement irrigué l’ensemble du tissu social.
Un chantier prioritaire pour la transition politique en cours
Depuis le changement de régime d’août 2023, les autorités de la transition ont affiché leur volonté de rompre avec les pratiques passées. Mais transformer un modèle économique rentier en économie redistributive prend du temps et exige des choix budgétaires courageux.
Le vrai défi du Gabon ne consiste pas à maintenir sa première place dans les classements régionaux notamment au sein de la CEMAC. Il consiste à faire en sorte que ses 8 270 dollars de revenu par habitant cessent d’être une abstraction statistique pour devenir une réalité tangible dans le quotidien de chaque Gabonais.
Un pays riche dont les habitants souffrent n’est pas un pays développé. C’est un pays qui a encore tout à construire.
Par Roland Olouba Oyabi, journaliste multimédia et directeur de publication de Gabon Mail Infos


























