Libreville, juin 2026 — Derrière l’équerre et le compas, la tempête gronde. À cinq mois d’une assemblée générale à hauts risques, la Grande Loge du Gabon (GLG) traverse une crise institutionnelle sans précédent. Temples désertés, finances sous soupçon, frères divisés : l’ordre de la discrétion n’est plus silencieux.
En effet, c’est l’hebdomadaire L’Aube qui lève le voile sur ces turbulences internes dans son édition du 12 juin 2026. Le tableau qu’il dresse est sombre. Cependant, il interroge une réalité plus large sur l’avenir des institutions maçonniques en Afrique centrale.
Un Grand Maître au bord du précipice
Trois ans après son intronisation à la tête de Grande Loge du Gabon, Jacques-Denis Tsanga, par ailleurs gouverneur du Haut-Ogooué, incarne désormais toutes les frustrations. Selon L’Aube, ses propres «frères de lumière» réclament qu’il «rende son tablier».
Pourtant, le contexte de son accession au sommet de la Grande Loge du Gabon était inédit. Au lendemain du coup d’État du 30 août 2023, Brice Clotaire Oligui Nguema avait délibérément choisi de ne pas prendre la tête de la GLG. Ainsi, Jacques-Denis Tsanga fut installé Grand Maître le 10 février 2024, rompant avec une tradition séculaire.
Un «habitué des Temples» cité par le journal salue néanmoins certaines avancées. Il estime qu’«Oligui Nguema a bien fait de ne pas devenir Grand Maître» et évoque sans nostalgie l’époque où Denis Amoussou «terrorisait ses frères de lumière». Toutefois, l’embellie n’aura pas résisté aux tensions qui s’accumulent.
Des temples qui se vident, une fraternité qui se fissure
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. La fréquentation des temples serait tombée autour de 30 %. À peine 200 membres restent actifs sur quelque 600 adhérents enregistrés. De «cadre de fraternité», la GLG serait devenue, selon L’Aube, «un repaire d’intrigants, une obédience sans âme».
De plus, les griefs contre le Grand Maître s’accumulent comme des pierres dans un sac. Ses frères dénoncent notamment l’opacité autour du coût de la future assemblée générale, estimé entre 50 et 60 millions de FCFA. Ils pointent également une centralisation excessive du pouvoir, la promotion d’un cercle restreint d’amis et une posture jugée arrogante.
Par ailleurs, L’Aube évoque une intervention contestée dans des juridictions autonomes. La suspension d’un an du Suprême du Gabon, dirigé par Joseph Owondault Berre, aurait finalement été levée sous la pression de menaces de poursuites judiciaires. Autant de braises qui alimentent l’incendie interne à la Grande Loge du Gabon.
Une succession déjà ouverte avant novembre
Dans ce climat délétère, la course à la chaire du roi Salomon est déjà lancée. Deux candidatures seraient officiellement affichées. Le TRF Bernard Mbangangoye aurait lancé en pleine tenue maçonnique : «Je suis candidat à la Grande Maîtrise !» Le TRF Vane Jonas Kringer serait, quant à lui, considéré comme un prétendant incontournable.
D’autres figures gravitent autour de cette succession à la Grande Loge du Gabon. Alex-Bernard Bongo Ondimba, fils de l’ancien Grand Maître Omar Bongo, figure parmi les prétendants cités. Le Grand Chancelier Yann Franck Koubdje et Léon Paul Ngoulakia sont également mentionnés.
Finalement, L’Aube pose la question qui hante tous les observateurs. Cette fragmentation des «enfants de la veuve» ne risque-t-elle pas d’aboutir à une scission historique ? L’avenir de la franc-maçonnerie gabonaise se joue peut-être dès novembre 2026.
Les mises en cause rapportées ici engagent la seule responsabilité de L’Aube.


























