Il existe des dates que les nations portent comme des cicatrices ouvertes, des anniversaires que personne n’a choisis mais que la tragédie s’obstine à revisiter. Le 9 mars est désormais l’une de ces dates noires gravées dans la mémoire collective gabonaise. En 2023, le naufrage de l’Esther Miracle arrachait au pays des dizaines de vies dans les eaux sombres de l’océan Atlantique entre Libreville et Port-Gentil, inscrivant à jamais cette journée comme la plus grande catastrophe maritime de l’histoire du Gabon. Trois ans plus tard, jour pour jour, le destin frappait à nouveau : Steeven Mombo, élève de première S au Lycée national Léon Mba, mettait fin à ses jours depuis la passerelle de son établissement. Deux drames séparés par trois ans d’écart, réunis par un même calendrier impitoyable et une même douleur collective qui refuse de cicatriser.
Une coïncidence funeste qui oblige le gouvernement à agir
Face à cette double blessure symbolique, le gouvernement gabonais n’a pas choisi le silence complice. Ce mardi 10 mars 2026, le Vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, a présidé un Conseil interministériel d’urgence, convoquant autour de lui les représentants de cinq ministères comme on mobilise les secours après un naufrage. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : un jeune homme a sombré, non dans les eaux d’un océan, mais dans les profondeurs invisibles d’une détresse que personne n’avait su détecter à temps. Hermann Immongault a d’abord exprimé les condoléances du gouvernement à la famille éplorée, avant d’annoncer la création d’une commission interministérielle. « Je demande la mise en place d’une commission interministérielle associant le ministère de l’Éducation nationale et de l’Instruction civique, le ministère de la Santé, le ministère des Affaires sociales chargé de la Protection de l’enfance et de la Femme, le ministère de l’Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation ainsi que le ministère de la Défense nationale », a-t-il solennellement déclaré.
Écoute, prévention, encadrement : l’école gabonaise face à ses responsabilités
La mission de cette commission dépasse largement le cadre d’un rapport administratif ordinaire. Elle incarne la reconnaissance douloureuse que l’école gabonaise, absorbée par sa course aux résultats, a parfois oublié de tendre l’oreille à ses élèves les plus fragiles. « Cette commission aura pour mission d’établir, dans les meilleurs délais, un rapport détaillé sur les circonstances exactes de ce drame, mais également de formuler des recommandations précises visant à renforcer les dispositifs de prévention, d’écoute psychologique et d’encadrement des élèves », a précisé le Vice-Président. Comme après le naufrage de l’Esther Miracle, les questions fusent et brûlent les lèvres : que faisions-nous pendant que l’un des nôtres coulait à pic ? Steeven Mombo avait toute la vie devant lui. Le 9 mars a encore tout volé. Il appartient désormais au Gabon de décider que cette date ne récoltera plus jamais de larmes.
Par Roland Olouba Oyabi, journaliste et directeur de publication de Gabon Mail Infos


























