Deux jours après avoir lancé un dispositif d’urgence face à la crise d’eau à Libreville, l’exécutif gabonais rectifie déjà sa stratégie. Le communiqué n°2 du ministre Philippe Tonangoye, publié le 2 juillet, révèle en filigrane les failles du plan initial. Ainsi, ce virage rapide interroge sur la préparation réelle des autorités face à la pénurie. Cette crise hydrique touche durement les habitants de la capitale depuis plusieurs semaines déjà. Par ailleurs, elle alimente une inquiétude croissante au sein de la population.
Le dispositif originel s’appuyait sur deux mesures uniques : un tarif standard et un seul numéro d’urgence d’eau à Libreville, le 18. Or, ces deux piliers se sont effondrés presque immédiatement après leur mise en place. Par conséquent, le document officiel admet des difficultés d’approvisionnement et un numéro rapidement saturé. De plus, les 55 camions-citernes suspendus le 1er juillet, pour lutte contre la vente illégale, reviennent finalement en circulation. En effet, une rencontre présidentielle au Palais des Sports a permis ce revirement soudain. Ainsi, la filière écartée redevient indispensable, mais sous surveillance renforcée cette fois-ci. Cette volte-face illustre surtout la précipitation du premier plan gouvernemental.
Des prix ajustés à la hausse
Désormais, le mètre cube coûte 4 000 FCFA contre 3 000 auparavant. De même, le fût de 200 litres passe de 600 à 800 FCFA. Autrement dit, chaque tarif grimpe d’environ un tiers en deux jours seulement. Selon le gouvernement, cette hausse s’explique par l’exonération des taxes municipales et commerciales. Cependant, la véritable cause semble être ailleurs, plus profonde que l’argument fiscal avancé. En réalité, les prix initiaux avaient été imposés sans consultation des distributeurs concernés. Par conséquent, ceux-ci ne pouvaient tout simplement pas les respecter sur le terrain. D’ailleurs, plusieurs vendeurs d’eau à Libreville avaient déjà alerté les autorités sur ce risque avant l’annonce initiale.
Quatre lignes supplémentaires pour désengorger le système
Face à la saturation du numéro 18 de l’urgence hydrique à Libreville, quatre nouvelles lignes viennent renforcer le dispositif d’urgence. Ainsi, le 181 est confié au Génie militaire pour la logistique quotidienne. Le 182 revient à la Garde républicaine, tandis que le 183 dépend de la Gendarmerie nationale. Enfin, le 184 permettra de signaler tout abus tarifaire constaté par les usagers. Ces ajouts visent surtout à fluidifier la communication entre les habitants et les autorités compétentes.
Une improvisation corrigée dans l’urgence
Certes, cette réactivité montre une certaine capacité d’adaptation de l’exécutif gabonais face à la crise d’eau à Libreville. Toutefois, elle soulève une interrogation légitime sur la solidité du plan initial. Pourquoi annoncer, avec tant de solennité, un dispositif si peu éprouvé sur le terrain ?
Fixer des tarifs sans dialogue, puis suspendre des opérateurs, ne relève pas d’une gestion maîtrisée. Il s’agit plutôt d’une improvisation rattrapée dans la précipitation générale. Pendant ce temps, la population a subi ces tâtonnements institutionnels pendant deux journées supplémentaires de cette crise d’eau.
Certes, l’objectif d’assainir durablement la distribution d’eau à Libreville demeure pertinent et nécessaire. Néanmoins, il exige une concertation préalable avec tous les acteurs concernés sur le terrain. Sans cela, chaque nouvelle annonce risquera de connaître le même sort. Ainsi, les rectificatifs en cascade fragilisent durablement la confiance des citoyens envers les institutions publiques. En définitive, seule une planification rigoureuse permettra d’éviter de nouvelles crises similaires à l’avenir.



































