Ensemble pour le Gabon (EPG) a décidé de porter la bataille sur le terrain judiciaire, là où les mots deviennent armes et où le droit tranche comme une lame. Le 2 mars, la formation politique dirigée par Alain-Claude Bilie-By-Nze a saisi en référé d’heure à heure le Tribunal de première instance de Libreville afin de faire constater une voie de fait et d’obtenir la cessation immédiate d’une atteinte jugée grave aux libertés fondamentales, après la suspension générale des réseaux sociaux décidée le 17 février par la Haute Autorité de la Communication.
Dans un communiqué au ton solennel, EPG dénonce une mesure qui, selon lui, bâillonne la parole citoyenne et assombrit l’horizon démocratique. Pour EPG, cette décision ressemble à un filet jeté sur l’océan numérique, capturant indifféremment fauteurs de troubles et citoyens respectueux des lois. La suspension, affirme le mouvement, viole frontalement l’article 14 de la Constitution garantissant l’égalité d’accès à l’information et la liberté d’expression, piliers sans lesquels l’État de droit vacille.
La HAC, de son côté, invoque la nécessité de lutter contre les contenus diffamatoires, haineux ou attentatoires à la sécurité nationale, s’appuyant sur le Code de la communication de 2016. Mais pour EPG, l’argument sonne creux. Aucun texte, rappelle-t-il, ne confère à l’autorité de régulation le pouvoir de couper globalement l’accès aux plateformes numériques. Réguler n’est pas confisquer, encadrer n’est pas museler, insiste le parti.
Au-delà du principe, les conséquences économiques s’étendent comme une onde de choc. Avec près de 850 000 utilisateurs actifs, ces plateformes irriguent le commerce, l’information et la mobilisation politique. Leur suspension fragilise PME, créateurs de contenus, entrepreneurs et start-ups, tout en privant EPG d’un espace d’expression, déjà exclu des médias publics. Dans une économie numérique évaluée à 250 milliards de francs CFA, représentant 5 % du PIB et plus de 10 000 emplois, la coupure apparaît comme un frein brutal à l’élan entrepreneurial.
Alain-Claude Bilie-By-Nze martèle alors que gouverner ne consiste pas à restreindre par réflexe, mais à réguler avec discernement. Toute limitation d’une liberté, rappelle-t-il, doit être nécessaire, ciblée et proportionnée. En saisissant la justice, EPG revendique une démarche républicaine, destinée à défendre les libertés, l’économie et la crédibilité institutionnelle. Alors que le 30 août 2023 avait nourri l’espoir d’une dignité nationale retrouvée, cette affaire agit comme un révélateur, interrogeant la vitalité démocratique et la capacité du pays à conjuguer autorité et liberté. Débat ouvert entre légalité prudence avenir commun national partagé.


























