Dans une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux, Franck Josaphat Biyoghe Bi-Mba, président du Syndicat national des agents de santé (SYNAS), a vigoureusement rejeté sa récente nomination par le ministre de la Santé, Adrien Mougougou. Cette nomination, qui le désigne comme inspecteur régional de santé pour la zone Libreville-Owendo, est qualifiée par le syndicaliste de « coquille vide ». Pour Biyoghe, elle représente une manœuvre politique visant à le faire taire, alors qu’il mène depuis plusieurs années un combat acharné pour l’amélioration des conditions de travail et de vie des agents de santé au Gabon.
Dès le début de sa prise de parole, Franck Josaphat Biyoghe ne cache pas son indignation : « Je n’ai pas demandé à être nommé, et j’ai décidé de me consacrer à autre chose. Je refuse cette nomination pour plusieurs raisons. » Il commence par évoquer une erreur apparente sur son identité. Selon lui, le nom figurant sur le décret de nomination n’est pas le sien. « La personne nommée est Franck Biyoghe, mais moi je suis Franck Josaphat Bi Mba. Là, ça fait déjà deux personnes différentes », souligne-t-il.
Cette première objection est suivie d’une critique sur l’inadéquation entre son profil professionnel et celui requis pour le poste. Franck Biyoghe rappelle qu’il est administrateur de santé, une fonction de haut niveau, tandis que le décret mentionne un poste d’« attaché d’administration sanitaire », qui correspond à un grade nettement inférieur. « Le seul lien que j’ai avec cette nomination est mon matricule », ajoute-t-il, soulignant l’absurdité de cette situation.
La dénonciation ne s’arrête pas là. Pour Biyoghe, cette nomination n’est rien de moins qu’une conspiration visant à l’écarter du devant de la scène syndicale, où il est devenu une figure de proue de la défense des droits des agents de santé. Il dénonce une « mascarade » orchestrée par le ministre Mougougou, en connivence avec certains leaders syndicaux qu’il accuse d’être à la solde du ministère : « On me donne un poste sans bureau, sans collaborateurs. » Cette absence de moyens concrets renforce, selon lui, le caractère purement symbolique et vide de la nomination.
Au-delà de cette contestation, Franck Josaphat Biyoghe ne se contente pas de refuser la nomination ; il attaque frontalement le ministre de la Santé, Adrien Mougougou, sur sa gestion du secteur. Il accuse ce dernier de détourner son attention des vrais défis auxquels le ministère est confronté, tels que l’amélioration des conditions de travail des agents de santé, la régularisation des situations administratives ou encore la question des primes d’éloignement pour les personnels en poste dans les provinces éloignées. « Alors qu’on attend le ministre sur plusieurs chantiers, lui, il est en train de conspirer », déplore-t-il.
Franck Josaphat Biyoghe va encore plus loin dans sa critique, en s’adressant directement au ministre Mougougou dans des termes particulièrement incisifs. « Monsieur le ministre, sachez qu’il n’y a aucune école qui forme les ministres au Gabon. Vous êtes là aujourd’hui, mais demain vous ne serez plus là. » En évoquant le sort de l’ancien ministre de la Santé, Max Limoukou, qu’il accuse d’avoir adopté les mêmes pratiques d’« ethnisme et de clanisme », il met en garde son interlocuteur contre les conséquences d’une telle gestion.
Le président du SYNAS conclut sa vidéo par une mise en garde solennelle, annonçant qu’il est désormais prêt à entrer en confrontation ouverte avec le ministère. « Vous avez ouvert une boîte de Pandore », lance-t-il. Il affirme être en possession d’informations sensibles sur la gestion du ministère, qu’il promet de dévoiler si la situation dégénère. « Désormais, tout ce qui sera fait au ministère de la Santé sera connu de tous. »
Ce rejet de nomination, dans un contexte où le secteur de la santé au Gabon traverse une période de crise, illustre la fracture profonde entre les agents de santé représentés par le SYNAS et le ministère de la Santé. Alors que des réformes importantes sont attendues pour améliorer les conditions de travail des agents, cette querelle risque de cristalliser encore davantage les tensions.


























