Le Maroc aurait espionné le Gabon au cœur de sa crise de succession. Une enquête de Forbidden Stories, menée par le réseau Freedom Voices Network, l’affirme. Le logiciel Pegasus aurait ciblé plusieurs figures gabonaises dès mars 2019 rapporte notre confrère GabonReview. Cette période coïncidait avec l’AVC d’Ali Bongo Ondimba, survenu en octobre 2018. Le pouvoir gabonais avait alors sombré dans l’incertitude la plus totale. Le silence médical entourant le chef de l’État nourrissait toutes les rumeurs. Le palais gardait jalousement son secret.
Pendant que Libreville retenait son souffle, plusieurs noms circulaient comme successeurs potentiels. Noureddin Bongo Valentin et Brice Laccruche Alihanga cristallisaient alors toutes les ambitions du sérail. Selon l’enquête, leurs téléphones auraient figuré parmi les cibles potentielles du logiciel espion. Le logiciel espion aurait également visé des opposants comme Jean Ping et Minlama Mintogo. Toutefois, faute d’analyse technique des appareils, rien ne prouve une infection réelle par Pegasus. La tentative de putsch de janvier 2019 avait accentué cette fébrilité ambiante.
Un allié historique aux aguets
Le Maroc entretient de longue date une relation privilégiée avec le Gabon. Ainsi, certains observateurs décrivent un lien quasi paternel entre Rabat et Libreville. Une source proche des renseignements marocains évoque une coopération sécuritaire ancienne. Cette dernière remonterait au règne du roi Hassan II. Par conséquent, la présence d’agents marocains formant leurs homologues gabonais ne serait pas anecdotique. Rabat aurait d’ailleurs formé plusieurs cadres gabonais, dont l’actuel président. Néanmoins, ni le SILAM ni l’entourage d’Ali Bongo n’auraient rien su de cette éventuelle surveillance.
Entre indifférence et scepticisme
Face à ces révélations, les réactions demeurent étonnamment mesurées. Jean Ping affirme que les écoutes téléphoniques restent monnaie courante au Gabon. Il envisage néanmoins une possible action en justice si les faits sont confirmés. En revanche, Noureddin Bongo Valentin et Brice Laccruche Alihanga gardent un silence de marbre. Les autorités marocaines n’ont, elles non plus, livré aucun commentaire officiel. Enfin, plusieurs sources interrogées se disent convaincues d’avoir longtemps été surveillées. Elles restent toutefois sceptiques face au coût élevé de Pegasus. Cette affaire soulève ainsi de nombreuses questions sur l’opacité persistante des relations entre les deux États.







































