Ils sont les bras administratifs de l’État auprès des étudiants boursiers gabonais, tant au pays qu’à l’étranger. Et pourtant, ces délégués permanents de l’agence nationale des bourses du Gabon (ANBG) n’ont perçu aucun salaire depuis 16 mois. Une situation explosive qui met à mal leur dignité et contraste cruellement avec les promesses d’un nouvel ordre social portées par les autorités actuelles.
Malgré les multiples démarches entreprises dans le respect des circuits institutionnels, ces pères et mères de famille, véritables chevilles ouvrières du suivi des étudiants gabonais, se heurtent à un silence budgétaire devenu assourdissant. Entre loyers impayés, factures en souffrance, santé négligée et scolarité des enfants compromise, leur quotidien est une épreuve d’endurance.
Dans une sortie sobre mais percutante par voie de presse, ces délégués ont brisé un long silence. Leur message est clair : ils n’en peuvent plus. Loin d’une simple revendication pécuniaire, il s’agit désormais d’un cri d’alarme, d’un appel à la justice sociale et au respect de la parole de l’État.
« Nous ne demandons pas un privilège, mais simplement la rémunération du travail que nous accomplissons avec loyauté », confie l’un d’eux sous couvert d’anonymat. Ces agents, répartis dans plusieurs pays pour encadrer les étudiants gabonais à l’étranger, vivent dans une précarité indigne de leurs fonctions. Certains ont déjà dû contracter des dettes ou quitter leur poste, faute de moyens.
Ce dossier embarrassant intervient dans un contexte où le gouvernement de la Transition, au pouvoir depuis le 30 août 2023, s’était engagé solennellement à restaurer la dignité des Gabonais et à moraliser la gestion publique. L’inaction sur cette question jette une ombre sur ces engagements, en plus d’écorner l’image de rigueur qu’entend incarner la Ve République.
Comment expliquer que ceux censés veiller au bon déploiement des bourses étudiantes ne perçoivent pas eux-mêmes leur dû ? Quel message envoie-t-on aux jeunes générations sur la valeur du service public, si ceux qui le servent sont abandonnés ?
Les délégués de l’ANBG demandent instamment une audience auprès des plus hautes autorités du pays et la mise en place d’un mécanisme clair de régularisation. Ils souhaitent qu’au-delà des discours, des actes forts soient posés pour solder cette dette sociale.
« Nous voulons croire que l’esprit de justice et de responsabilité guidera ceux qui nous gouvernent », conclut un autre délégué avec espoir.
À l’heure où le pays s’interroge sur le modèle de gouvernance à construire, cette affaire des délégués de l’ANBG rappelle que la dignité des agents de l’État n’est pas une option. Elle est un fondement. Et dans une République qui se veut nouvelle, elle ne saurait attendre 16 mois de plus.
Par Darlyck Ornel Angwe journaliste stagiaire


























