À l’aéroport, ce vendredi 11 juillet 2025, c’était censé être une cérémonie d’État. Un retour présidentiel sobre, solennel, un moment suspendu où la République, comme un grand baobab, devait rassembler tous ses enfants à l’ombre de ses branches. Mais au lieu de l’hymne national, c’est le tambour partisan qui a résonné. Et celle qui tenait la baguette n’était autre que Laurence Ndong.
Tel un masque qui change de visage selon le vent, elle est apparue, brandissant l’effigie du président comme une icône et les insignes du parti Les Bâtisseurs, scandant les slogans de son parti comme une griotte de clan. À ce moment précis, elle n’était plus ministre de la République, mais présidente de ligue, militante en mission, femme politique en transe sous la bannière de l’UDB. Et le pays a vu, une fois encore, la frontière floue entre servir l’État et se servir du moment.
Dans les quartiers populaires de Lambarene, on dirait :
« Quand on veut balayer la cour commune, on ne commence pas par décorer sa propre véranda. »
Et pourtant, Laurence Ndong, en pleine scène nationale, a sorti le balai de son parti pour en faire un sceptre, oubliant que la République n’est pas une concession privée, mais un enclos sacré.
Sophie Boungou, elle, a renchéri, affirmant que sous l’ancien régime, la femme était réduite au kounabelisme. On comprend le message, mais fallait-il, pour tourner la page, jeter le livre entier ? À dénoncer l’ancien système tout en imitant ses pires travers, on finit par devenir ce que l’on prétend combattre. Car, à l’aéroport, c’est bien un spectacle de « kounabelisme revisité » auquel le public a assisté, version bâtisseur.
« Quand tu veux faire oublier la case de ta grand-mère, ne construis pas une case identique à côté. »
Le chef de l’État avait pourtant annoncé une nouvelle ère, celle des Bâtisseurs. Il parlait d’inclusion, d’écoute, de grandeur. Mais à force de confier les clés du chantier à des maçons qui veulent inscrire leur nom sur chaque brique, il risque de transformer son rêve d’unité en mosaïque de vanités.
La République, ce n’est pas un tam-tam qu’on tape au rythme de son humeur. C’est un tambour cérémoniel, que l’on frappe avec mesure, dans le respect du protocole et du silence sacré des symboles. Ce jour-là, le chef de l’État était revenu, mais c’est la République qui avait perdu la parole.
Laurence Ndong aurait dû comprendre que la natte du pouvoir appartient à tous, et que même si elle est assise près du feu, elle ne doit pas faire sécher ses habits dans la marmite commune.
À force de tirer la couverture à soi, on finit par découvrir le lit de tout un peuple. Le président gagnerait à se souvenir que les symboles de la République sont faits de silence, de mesure et d’équilibre. Et que ceux qui les maltraitent, même avec des slogans enjôleurs, finissent toujours par être vomis par le peuple.
Car la République ne mange pas de chant, elle se nourrit de retenue.










































