Être Altogovéen et afficher son opposition politique semble relever d’un crime impardonnable, frisant parfois la condamnation à mort. Jean-Pierre Lemboumba Lepandou, Alfred Nguia Banda, Ludovic Ognagna et Wilfried Okouma ne sont que quelques exemples illustres d’opposants contraints à l’exil pour échapper à la répression du régime d’Ali Bongo Ondimba. Depuis la chute de ce dernier, le 30 août 2023, une nouvelle vague de répression semble se profiler, cette fois-ci sous l’égide du régime militaire, visant notamment Hervé Patrick Opiangah et Ali Akbar Onanga Y’Obegue.
Des témoignages, issus de proches du pouvoir sous le règne d’Omar Bongo, révèlent que la disparition inexpliquée de figures comme Ndouna Dépénaud et le commandant Djoué Dabany avait déjà incité certains Altogovéens à une opposition clandestine (de ceux dans les lieux de prise de décisions) contre les futures arrestations de leurs frères mis au banc des accusés. Ces deux disparitions tragiques, pourtant passées sous silence, illustrent l’impensable : s’opposer à un pouvoir détenu par un autre Altogovéen équivaut à un acte de haute trahison, entraînant parfois des conséquences irréversibles.
Le cas de Ndouna Dépénaud a été très choquant, il avait été abattu dans la nuit du 19 au 20 juillet 1977 alors qu’il rentrait chez lui à Akébé-ville, dans le 3e arrondissement de Libreville. Membre influent du PDG, il dénonçait le comportement anti-républicain d’Omar Bongo sans langue de bois. C’est assurément cette opposition qui lui aurait coûté la vie.
Un procès politique pour des voix dissonantes
Hervé Patrick Opiangah aurait-il subi la même traque s’il était originaire d’une autre province gabonaise ? Quant à Ali Akbar Onanga Y’Obegue, son domicile aurait été la cible d’une tentative d’incendie criminel, en réponse à ses prises de position qui auraient irrité de nombreux cercles influents. Cette méthode rappelle étrangement les pressions exercées sur Jean-Pierre Lemboumba Lepandou, contraint à l’exil en France en 2016, après avoir appris que sa vie était en danger pour avoir soutenu Jean Ping.
Aujourd’hui, après l’échec d’un complot supposé contre Ali Akbar Onanga Y’Obegue, un procès politique aurait été habilement orchestré à la Commission nationale de lutte contre l’enrichissement illicite (CNLCEI). Accusé de détournement, il fait face à des responsables de cette commission, qui, ironie du sort, occupaient déjà leurs fonctions sous Ali Bongo Ondimba. Pourquoi ces enquêtes n’avaient-elles pas été menées à cette époque ?
Le président de cette même commission, oncle maternel de l’actuel chef de l’État, agit-il en toute indépendance, ou obéit-il à des consignes occultes ? Cette menace de procès, abondamment relayé dans les médias, ne serait-il qu’un écran de fumée visant à neutraliser une figure gênante ?
Un héritage d’injustice ancré dans la jurisprudence des Bongo
Sous les règnes d’Omar et d’Ali Bongo, un opposant altogovéen a souvent été perçu comme un extrémiste, car sa dissidence était considérée comme une trahison familiale. Dans ce contexte, un dirigeant altogovéen au pouvoir ne tolère aucune contestation émanant d’un compatriote de la même province, même lorsque cette opposition repose sur des bases légitimes. Ainsi, tandis que les citoyens des autres provinces du Gabon jouissent d’une relative liberté d’expression, les Altogovéens semblent condamnés à une loyauté forcée envers le pouvoir en place.
Pourtant, le Haut-Ogooué, à l’instar des autres provinces, abrite ses laissés-pour-compte, ses pauvres et ses exclus. Ces réalités sociales, loin d’être reconnues, sont éclipsées par une unité de façade imposée par l’élite dirigeante.
Un sort scellé par les origines ?
Dans ce climat de défiance, Ali Akbar Onanga Y’Obegue reste aujourd’hui le seul membre du « quartuor » du 8 janvier 2025 à craindre pour sa vie. Est-ce là une conséquence directe de ses origines ? La question reste ouverte : être Altogovéen signifie-t-il être condamné à soutenir aveuglément le régime en place ? Les débats continuent d’animer les esprits et les opinions divergent.
Par Roland OLOUBA OYABI, Directeur de Publication de Gabon Mail infos, diplômé de l’École supérieure de Journalisme de Lille et de l’Université de Lille puis diplômé en Management de l’Université de Johannesburg












































