Avant avril 2023, environ 38 % de la population du Soudan vivait sous le seuil de pauvreté. Aujourd’hui, ce chiffre dépasse 70 %. C’est le constat accablant publié par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), qui mesure la pauvreté à partir d’un revenu quotidien inférieur à quatre dollars, soit environ 3,40 euros.
Plus grave encore : au moins un quart de la population survit avec moins de deux dollars par jour. En l’espace de deux ans seulement, la guerre entre l’armée régulière soudanaise et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) a anéanti des décennies de progrès socio-économiques fragiles.
Un effondrement sans précédent depuis les années 1980
Selon un rapport conjoint du PNUD et de l’Institut d’études de sécurité (ISS), près de sept millions de personnes ont basculé dans l’extrême pauvreté au cours de la seule année 2023. Les revenus moyens ont chuté à des niveaux inconnus depuis 1992, et les indicateurs d’extrême pauvreté dépassent désormais ceux des années 1980.
Luca Renda, directeur du PNUD au Soudan, résume la situation en termes sans équivoque : le pays ne traverse pas une simple crise passagère, mais un basculement structurel qui compromet durablement l’avenir de toute une société.
Les régions en conflit, premières victimes de la désintégration économique
Les zones les plus exposées aux combats concentrent aussi les situations les plus critiques. Le Kordofan-Sud, devenu l’un des principaux théâtres d’affrontements, et le Darfour-Nord figurent parmi les territoires les plus sinistrés. Dans ces régions, les infrastructures sont détruites, l’activité économique est paralysée et les déplacements massifs de population aggravent chaque semaine la précarité.
Des familles entières ont perdu leurs moyens de subsistance du jour au lendemain. Des enfants sont privés d’école. Des communautés autrefois autonomes dépendent désormais entièrement de l’aide humanitaire pour survivre.
Une catastrophe humanitaire parmi les plus graves au monde
Au-delà de la pauvreté, le bilan humain du conflit reste vertigineux. Des dizaines de milliers de personnes ont péri depuis le début des hostilités. Plus de 11 millions de Soudanais ont été contraints de fuir leurs foyers, faisant de cette crise l’une des plus importantes crises de déplacement interne à l’échelle mondiale.
Plus de 21 millions de personnes font face à une insécurité alimentaire sévère. Les deux tiers de la population ont un besoin urgent d’assistance humanitaire, selon l’ONU, qui classe désormais la crise soudanaise parmi les urgences les plus graves sur la planète.
La communauté internationale face à ses responsabilités
Face à l’ampleur du désastre, une conférence internationale doit se tenir à Berlin pour relancer la mobilisation diplomatique et humanitaire. Une réunion jugée indispensable alors que les financements peinent à couvrir les besoins réels sur le terrain.
Le temps presse. Chaque semaine de guerre supplémentaire creuse un peu plus les inégalités, fragilise les survivants et rend la reconstruction future encore plus difficile à envisager.


























