Libreville, le 03 novembre 2015- La tribune publiée par le juriste et universitaire Maître Peter Stephen Assaghlé à propos de la conférence de presse du procureur général, Dr Eddy Minang, sur le procès des Bongo « Sylvie Aimée Valentin épouse Bongo et Nourredin Bongo Valentin », continue de susciter un vif débat. Derrière l’apparente querelle procédurale, c’est toute la tension entre le droit, la symbolique du pouvoir et la stratégie politique du régime actuel qui se révèle.
En contestant les explications du procureur général, Maitre Assaghlé ne s’attaque pas seulement à une lecture juridique : il interroge la légitimité même du processus judiciaire. Son texte rappelle que le droit pénal, loin d’être un simple instrument technique, est devenu un outil de légitimation politique dans un contexte où le Gabon cherche encore son équilibre post-Bongo.
Depuis l’arrivée au pouvoir du president Brice Clotaire Oligui Nguema, la promesse d’un État plus juste et plus transparent nourrit les espoirs populaires. Mais ce procès des Bongo, qui devait symboliser la fin d’une ère d’impunité, semble désormais exposer les limites d’une justice sous pression politique.
Car si le respect des procédures n’est pas scrupuleusement garanti, l’ambition de rupture pourrait vite se transformer en soupçon d’arbitraire.
Au-delà du dossier pénal, ce procès des Bongo revêt une dimension hautement symbolique. Il ne s’agit pas seulement de juger deux anciens membres du premier cercle présidentiel, mais de refonder le rapport entre l’État et la justice. En d’autres termes, d’affirmer que le droit est désormais plus fort que le nom Bongo.
Or, dans toute transition politique, la justice devient un champ de bataille. Elle doit à la fois répondre à une demande populaire de réparation et préserver les fondements d’un État de droit. C’est dans cet entre-deux que se joue aujourd’hui la crédibilité du régime.
L’affaire des Bongo cristallise ainsi les contradictions d’un pays qui cherche à solder son passé sans compromettre son avenir institutionnel.
La sortie de Me Assaghlé s’inscrit également dans une dynamique nouvelle : celle d’une prise de parole publique des juristes et intellectuels gabonais. Ces voix, longtemps marginalisées dans le débat politique, entendent désormais rappeler que la rigueur du droit n’est pas négociable, même dans un contexte de transition.
Leur objectif est clair : empêcher que la justice ne devienne un simple théâtre politique.
Ce positionnement marque la montée en puissance d’une élite juridique soucieuse d’asseoir une culture de responsabilité et de transparence dans la sphère publique.
Dans la société gabonaise, les réactions oscillent entre espoir et méfiance.
Une large frange de la population, longtemps témoin d’une impunité endémique, voit dans ce procès une chance historique de redresser la morale publique. Mais d’autres craignent que la hâte de juger ne vienne fragiliser la crédibilité du processus judiciaire, donnant ainsi prise à des accusations d’injustice sélective.
Ce dilemme n’est pas propre au Gabon : il traverse toutes les transitions africaines où le besoin de justice sociale se heurte à l’exigence d’équité procédurale.
Comme le souligne Me Assaghlé, « aucune justice ne peut être rendue au détriment du droit ». Une phrase qui sonne comme un avertissement adressé au pouvoir.
Au fond, le débat soulevé par cette tribune dépasse le cadre du procès des Bongo. Il touche à la nature même du projet politique.
Si le procès du 10 novembre se tient sans que les irrégularités évoquées soient clarifiées, il pourrait entamer la confiance de la population dans les institutions. En revanche, s’il est ajourné pour garantir le plein respect du droit, il enverrait un signal fort : celui d’un pouvoir qui préfère la rigueur juridique à la précipitation politique.
Le Gabon est à la croisée des chemins. Entre la justice et la politique, entre la revanche et la réforme, entre le symbole et la loi.
La manière dont sera géré ce procès dira beaucoup sur le type d’État que la transition veut fonder : un État de droit durable, ou un pouvoir de circonstance.
Par Darlyck Ornel Angwe


























