Libreville le 04 novembre 2025- Libreville a accueilli avec faste la première réunion du groupe de planification et de mise en œuvre du système de l’aviation Afrique–Océan Indien (AASPG). Au terme de cette rencontre, le Gabon a reçu un certificat de reconnaissance du président du conseil de l’OACI pour ses progrès en matière de sûreté aérienne. Une belle vitrine diplomatique, certes, mais un miroir trompeur pour la majorité des Gabonais qui, eux, ne peuvent même pas rêver de prendre l’avion.
Pendant que les officiels vantaient les « progrès remarquables » du pays en matière de supervision aérienne, des milliers de Gabonais continuent de se serrer dans des bus cahotants, faute de moyens pour voler d’une province à une autre.
Un aller simple Libreville–Port-Gentil peut dépasser 100 000 francs CFA, quand le salaire minimum mensuel n’en offre que 150 000. Quant à un vol pour Franceville, il frôle souvent les 130 000 ou 150 000 francs, pour être les montant avancé sont même généreux. Résultat : l’avion est devenu un privilège de classe, un symbole d’exclusion sociale, là où il devrait être un outil d’unité nationale.
Cette « reconnaissance internationale » de l’OACI salue la sûreté des avions, mais elle ignore la précarité des passagers. Elle mesure la conformité technique, pas la justice sociale. On se félicite d’un ciel sûr, mais personne ne parle de l’impossibilité, pour un enseignant, un agent de santé ou un étudiant, de se payer un billet.
Le ministre des transports s’est réjoui que cette distinction « affirme la vision d’un avenir radieux pour l’aviation africaine ». Pourtant, de quel avenir parle-t-on quand un simple déplacement intérieur coûte presque autant qu’un voyage à l’étranger ?
Les compagnies aériennes nationales et régionales fixent leurs prix dans un vide politique total. Aucune mesure de régulation, aucune subvention publique, aucune politique d’inclusion n’existe pour faciliter la mobilité aérienne. Le citoyen moyen, lui, observe de loin ces cérémonies officielles, conscient que le ciel du pays s’élève au-dessus de ses moyens.
Le contraste est brutal : on célèbre une aviation conforme aux standards de l’OACI, pendant que les routes nationales s’effritent et que les transports terrestres deviennent de véritables parcours d’endurance.
Les Gabonais n’ont pas besoin d’un certificat de reconnaissance internationale ; ils ont besoin d’un billet abordable pour rendre visite à leurs familles, pour aller se soigner, pour étudier ou travailler. L’avion ne devrait pas être un luxe, mais un service public essentiel dans un pays aussi vaste que le Gabon.
Tant que l’État ne mettra pas en place une politique tarifaire équitable, toute reconnaissance restera creuse. Une aviation nationale digne de ce nom doit desservir toutes les régions à des prix accessibles, soutenir la cohésion du territoire, et non renforcer les inégalités.
Le Gabon peut se réjouir de la sûreté de son ciel, mais il lui reste à garantir la justice économique de ses airs. Car la vraie sécurité d’un pays ne réside pas seulement dans la surveillance de son espace aérien, mais dans la capacité de son peuple à s’y élever, sans que le prix d’un billet ne l’y condamne
Par Darlyck Ornel Angwe


























