« L’étau se resserre autour de l’hôtel particulier Pozzo di Borgo », rapporte Africa Intelligence, alors que ce joyau architectural du XVIIIe siècle, situé dans le très prisé 7ᵉ arrondissement de Paris, se retrouve au cœur d’un imbroglio judiciaire aux conséquences potentiellement désastreuses pour l’État gabonais. Propriété de Libreville depuis 2010, ce bâtiment prestigieux a fait l’objet, le 9 octobre, d’un commandement de payer valant saisie immobilière initié par la société Santullo-Sericom, créancière du Gabon. Selon Africa Intelligence, « les héritiers de Guido Santullo réclament 120,4 millions d’euros et menacent d’une vente à la bougie d’ici trois mois ».
Le Gabon a immédiatement réagi en interjetant appel et en saisissant en urgence le premier président de la cour d’appel afin de suspendre l’exécution de la procédure. L’audience est attendue pour janvier 2026. « Plusieurs fronts judiciaires sont désormais ouverts, annonçant un feuilleton long et complexe », souligne Africa Intelligence. Au cœur de la bataille, un protocole transactionnel daté du 26 janvier 2024, que Libreville considère désormais « frappé de nullité malgré sa signature initiale ».
Ce protocole avait été conclu entre Santullo-Sericom et l’Agence judiciaire de l’État, alors dirigée par Diane Moussounda. « Proche du sommet de l’État, elle suivait ce dossier stratégique depuis sa prise de fonction en octobre 2023 », rappelle Africa Intelligence. Moussounda avait d’ailleurs écarté l’avocat historique du Gabon, Georges Arama, pour confier les négociations à Jean-Paul Komanda et à l’avocat Anges Kevin Nzigou.
Mais la signature de cet accord allait provoquer la « disgrâce fulgurante de Jean-Paul Komanda », limogé en août 2024. Le protocole imposait au Gabon le paiement sous trois mois de 90 millions d’euros, en échange d’une levée des saisies conservatoires. Pourtant, la cour d’appel de Paris avait annulé dès avril 2022 la sentence arbitrale de la CCI qui condamnait le Gabon. « Un paradoxe juridique majeur dont Libreville tente désormais de se défaire », observe Africa Intelligence.
Le 3 février 2025, le juge de la mise en état du tribunal de Paris avait homologué le protocole, décision actuellement contestée par les avocats du Gabon, dont Jean-Marc Fedida. Cette homologation ouvre aujourd’hui la voie à une vente forcée. Et si elle aboutit, l’État gabonais se retrouverait dans une « situation financière critique alors que ses comptes publics sont déjà exsangues ».
Libreville pourrait théoriquement régler la somme exigée, mais ses marges budgétaires sont étouffées. Autre option : vendre lui-même l’hôtel particulier, une opération qui nécessiterait l’accord du juge de l’exécution et des créanciers. Africa Intelligence rappelle que le président Brice Clotaire Oligui Nguema espérait tirer « entre 200 et 400 millions d’euros » de la cession, un objectif aujourd’hui menacé par l’urgence judiciaire. Car une vente aux enchères ferait tomber le prix plancher à 120 millions d’euros, somme captée par Santullo-Sericom sans garantie de surplus pour le Gabon.
Ancienne propriété de Karl Lagerfeld, l’hôtel Pozzo di Borgo demeure depuis 2018 une cible privilégiée des créanciers, de Santullo-Sericom à Webcor, en passant par Averda. « Ce bâtiment de prestige symbolise désormais les vulnérabilités financières et judiciaires de l’État gabonais », conclut Africa Intelligence.


























