Blaise Louembe, président du Parti démocratique gabonais (PDG), semble jouer une partie d’échecs où les pions se déplacent dans l’ombre vers l’Union démocratique des Bâtisseurs (UDB) plus qu’à la lumière des urnes. Depuis le coup de tonnerre du 30 août 2023, lorsque Brice Clotaire Oligui Nguema a mis fin au règne d’Ali Bongo Ondimba, le PDG s’échine à sauver les meubles. Mais, à force de rafistoler une façade déjà lézardée par plus d’un demi-siècle de gouvernance mitigée, Blaise Louembe risque de transformer son navire PDG en radeau percé.
L’affaire qui bruisse dans les salons feutrés de Libreville a de quoi nourrir les soupçons : Blaise Louembe a retiré, par une lettre datée du 4 septembre 2025, les vingt recours en invalidation des candidatures de l’Union démocratique des Bâtisseurs (UDB), déposés devant la Cour constitutionnelle rappelle notre confrère de GabonReview. Un geste présenté comme un simple repli stratégique, mais que d’aucuns traduisent en véritable marché de dupes avec Mays Mouissi, chef de file de l’UDB. L’on murmure que, dans cette transaction de coulisse, certains militants du PDG auraient été sacrifiés sur l’autel d’intérêts plus personnels que collectifs.
L’article 24 des statuts du PDG est pourtant limpide : « Le Président négocie et conclut les actes de coopération ou d’assistance avec les autres partis ou groupements politiques, sur proposition du Secrétaire général. » Or, la secrétaire générale, Angélique Ngoma, n’aurait jamais été consultée. Autant dire que Blaise Louembe a contourné les règles comme on contourne un nid-de-poule sur le boulevard Triomphal de Libreville : avec souplesse, mais non sans bruit.
Cette audace solitaire réactive les critiques de ceux qui, tel Ali Akbar, avaient déjà contesté sa légitimité à la tête du parti. Pour ses détracteurs, Blaise est Louembe s’arroge un droit de marchandage au mépris du collectif, transformant le PDG en bourse politique où les alliances se troquent contre des dividendes invisibles.
Dans ce scénario, une question taraude les esprits : Blaise Louembe a-t-il arrimé le PDG au navire UDB, ou est-ce plutôt l’UDB qui, tel un parasite habile, s’ancre dans les flancs du paquebot aguerri PDG pour mieux tracer sa route ? Quoi qu’il en soit, l’opinion publique assiste à un spectacle digne des masques et des ombres, où l’on peine à distinguer l’allié du complice, le stratège du fossoyeur.
Le pari est risqué. Car en cherchant à préserver son propre poids politique, Louembe pourrait fragiliser encore davantage un parti déjà perçu par de certains Gabonais comme l’épicentre du sous-développement national. Le PDG, autrefois machine de guerre électorale, ressemble désormais à un colosse fragile : puissant en façade, fissuré à l’intérieur par des agissements comme ceux qui seraient manifestés par son président Blaise Louembe.
Mais que l’on ne s’y trompe pas : en politique, les trahisons d’aujourd’hui sont souvent les alliances de demain. La campagne électorale de ce mois de septembre 2025 s’annonce comme une jungle où chaque concession, chaque renoncement, chaque recul apparent pourrait cacher une avancée souterraine.
D’autres partis, tapis dans l’ombre, pourraient profiter de ce rapprochement inattendu entre PDG et UDB pour surgir en embuscade, tels des chasseurs patients guettant la proie affaiblie.
À ce jeu de dupes, Blaise Louembe espère peut-être se muer en funambule habile, avançant sur le fil sans jamais tomber. Mais l’histoire politique du Gabon, riche en retournements spectaculaires, nous enseigne qu’il suffit d’un faux pas pour passer de stratège redouté à pantin désarticulé. Le PDG survivra-t-il à ces manœuvres d’arrière-boutique, ou bien sera-t-il la monnaie d’échange qui offrira à l’UDB une ascension fulgurante ? La réponse se jouera dans les urnes, mais aussi, surtout, dans les coulisses.











































