Dans une tribune libre parvenue à la Rédaction de Gabon Mail Infos, Pierre Kambagoye interpelle les décideurs à aller au-delà des slogans d’octobre Rose par l’expérience qu’il a vécue avec son fils
Chaque mois d’octobre, fleurissent des rubans roses, des marches, des conférences, des campagnes de sensibilisation pour octobre rose.
C’est beau, c’est noble… mais sur le terrain, la réalité est bien plus dure.
Certes, il existe de belles réussites, mais les tragédies demeurent bien plus nombreuses.
Je sais de quoi je parle. Il y a un an, on m’a annoncé que mon fils avait un cancer. Le choc fut brutal. Le médecin m’a aussitôt demandé de commencer la chimiothérapie. Mais au fond de moi, un doute persistait. Quelque chose ne collait pas.
J’ai décidé d’envoyer les résultats en Turquie, puis mon choix final s’est porté sur l’Afrique du Sud. Là-bas, on a pris le temps de refaire tous les examens. Après une biopsie complète, la vérité est tombée : ce n’était pas un cancer, mais une tumeur bénigne, un ostéochondrome.
Ce jour-là, j’ai compris à quel point nos structures médicales sont fragiles.
Le problème, ce n’est pas seulement le manque de moyens, c’est tout un système défaillant :
– des plateaux techniques obsolètes,
– des diagnostics approximatifs,
– des pharmacies mal approvisionnées,
– et des médecins qui manquent de formation continue et d’outils modernes.
Pendant ce temps, d’énormes budgets sont consacrés à des séminaires, des conférences et des campagnes de communication. On parle, on sensibilise, on s’affiche en rose, mais on n’équipe pas nos hôpitaux.
Et ce sont les malades, souvent les femmes, qui en paient le prix fort.
J’ai passé trois mois à observer de près les difficultés des patients : certains n’ont pas accès aux médicaments, d’autres doivent se rendre à l’étranger pour obtenir un diagnostic fiable. C’est inacceptable.
Octobre Rose ne doit pas être une vitrine médiatique, mais un appel à l’action.
Il faut :
– Fermer ou réformer les centres défaillants,
– Former sérieusement nos médecins et biologistes,
– Moderniser nos structures de santé,
– Et surtout, redonner confiance aux malades.
Ce combat n’est pas celui d’un mois, ni celui d’un slogan. C’est celui de toute une société.
Parce qu’au-delà du ruban rose, il y a des vies, des familles, des douleurs… et un espoir : celui qu’un jour, nos hôpitaux soient enfin capables de soigner sans détruire.


























