Dans une tribune libre publiée sur sa page Facebook, le citoyen gabonais André Bouassa revient sur l’échange très commenté entre le Président Brice Clotaire Oligui Nguema et l’architecte Erichk Mauro, au sujet du retard constaté dans l’exécution de certains travaux qui lui ont été confiés. Sans remettre en cause la légitimité de l’exigence présidentielle, l’auteur appelle à la retenue et invite les Gabonais à ne pas transformer un compatriote en cible de lynchage public. Nous publions son texte dans son intégralité.
Les échanges entre le Président de la République, Chef de l’État, et M. Erichk Mauro ont suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. Comme beaucoup de Gabonais, j’ai suivi cette séquence.
J’ai connu Erichk Mauro depuis les États-Unis. Nous ne nous étions jamais rencontrés physiquement, mais pendant plusieurs années, j’ai suivi son parcours et nous avons de temps en temps échangé.
À mon arrivée au Gabon, il a été l’une des rares personnes à reconnaître la valeur de mes initiatives et à me prodiguer des conseils avisés. Cela m’a marqué.
Son expertise, son expérience dans les affaires, aussi bien au Gabon qu’à l’international, ont fait de lui un architecte de référence. Son parcours l’a conduit à présider une importante organisation d’architectes à l’échelle africaine. C’est cela aussi représenter le Gabon avec honneur, compétence et professionnalisme au plus haut niveau.
C’est d’ailleurs, à mon sens, l’une des raisons pour lesquelles le Président de la République lui a accordé sa confiance pour conduire des projets d’une telle importance.
Comme tous les Gabonais, je n’ai vu qu’une infime partie des échanges entre le Chef de l’État et M. Erichk Mauro.
Ces images montrent un Président frustré par le retard constaté dans la réalisation d’un projet dont M. Mauro a la responsabilité.
En sa qualité de Chef de l’État, garant de la vision nationale et responsable devant le peuple gabonais de la mise en œuvre de son projet de société, il est parfaitement légitime qu’il exprime son exigence face au rythme d’avancement des travaux. Cette réaction traduit sa détermination, son sens des responsabilités et le poids des attentes qui reposent sur ses épaules.
Mais cette exigence présidentielle ne saurait être interprétée comme un appel au lynchage public.
En lisant certains commentaires sur les réseaux sociaux, je ne peux que lancer un appel à la retenue.
Erichk Mauro a travaillé dur toute sa vie pour construire sa réputation et atteindre le niveau qui est aujourd’hui le sien. Comme tout être humain, il peut être critiqué, mais son parcours mérite également le respect.
Une vidéo de quelques minutes ne résume ni une carrière, ni des décennies de travail, ni la complexité d’un projet d’envergure nationale.
Nous n’avons vu qu’une infime partie du film. Nous ignorons les discussions antérieures, les contraintes techniques, administratives, financières ou institutionnelles, ainsi que les responsabilités respectives des différents intervenants.
On peut comprendre, et même soutenir, l’exigence du Président de la République sans transformer un compatriote en cible de nos frustrations collectives.
Cette réflexion m’amène à partager une expérience personnelle.
Depuis 2005, j’ai passé une bonne partie de ma vie sur les réseaux sociaux à dénoncer le pouvoir, à critiquer les dirigeants ou ceux qui les soutenaient, à répondre aux attaques, ou encore à défendre certaines personnalités politiques ainsi que les valeurs pour lesquelles je me battais.
Je ne dis pas que tout ce que j’ai fait était mauvais. Beaucoup de ces combats étaient justifiés. Mais avec le recul, je reconnais que j’aurais pu faire mieux. À cette époque, je n’accordais pas toujours suffisamment d’importance à la crédibilité et à la réputation des autres, sans mesurer que certaines de mes prises de position pouvaient parfois avoir des conséquences sur leur vie.
Il n’y a rien de mauvais à dénoncer l’injustice, à exposer le mal ou à défendre les bonnes valeurs, la justice et la bonne gouvernance. Au contraire, c’est souvent un devoir citoyen. Mais cela doit être fait avec responsabilité, discernement et dans le respect des règles de l’art.
Je suis revenu au Gabon il y a un peu plus de deux ans. Comme beaucoup de compatriotes, j’ai parfois été confronté à l’injustice de certaines personnes investies de responsabilités. Il m’arrive d’être frustré et d’exprimer mon ressenti sur les réseaux sociaux pour évacuer cette frustration. Mais j’essaie toujours de connaître mes limites.
Lorsque certains dirigeants me ferment leurs portes, quelles qu’en soient les raisons, je refuse de faire de cette frustration un mode de vie. Je choisis plutôt de construire.
J’ai accompagné de jeunes Gabonais dans la production du film Amertume, en partenariat avec la Gendarmerie nationale. J’ai écrit trois ouvrages en deux ans et demi : La Poste Africaine Réinventée, consacré à une stratégie d’innovation au cœur des territoires africains ; Le Secret de la suprématie technologique américaine, qui sera publié cette semaine sur Amazon ; et L’Autopsie et l’audit moral de nos valeurs, dont la publication est prévue avant la fin de l’année.
Voilà ma réponse à l’injustice de certains dirigeants de mon pays.
Nous ne sommes pas toujours obligés de sortir les gants pour humilier quelqu’un ou défendre aveuglément une autre personne afin d’exister sur les réseaux sociaux. Même lorsque nous sommes combattus, négligés ou humiliés, nous pouvons choisir de produire, d’innover, de transmettre et d’apporter quelque chose d’utile à notre pays ou a nous même. Que personne ne vous conditionne ou dicte votre vie, votre mouvement et votre être.
Les grandes nations savent exiger des résultats tout en préservant la dignité des femmes et des hommes qui les servent.
Le Gabon a besoin d’une culture de l’excellence, mais aussi d’une culture du respect, de la mesure, de la responsabilité et de la justice.
Avant de condamner un homme, regardons l’ensemble de son parcours.
Avant de partager une indignation, cherchons à comprendre toute l’histoire.
C’est ainsi que nous construirons un Gabon plus fort, plus juste et plus uni.
Andre Bouassa: Citoyen lambda












































