Le Gabon rêve de transformation économique, mais son secteur des services ressemble davantage à une promesse fantôme qu’à un moteur de croissance. Pendant que l’Inde, les Philippines ou le Vietnam s’appuient sur le tertiaire pour grimper dans les classements mondiaux, le Gabon, lui, s’enlise dans un quotidien où la médiocrité du service est devenue la norme. Une situation d’autant plus alarmante que le pays prétend vouloir rompre avec son modèle rentier.
Banques : l’art de compliquer l’évidence
Dans les banques gabonaises, la lenteur n’est plus un dysfonctionnement : c’est un système. Une opération censée durer dix minutes se transforme en épreuve d’endurance. Les clients patientent sous des tentes, exposés au soleil, comme si la dignité pouvait être mise entre parenthèses au nom de la routine bancaire.
Pire encore, certaines pratiques frisent l’abus. À l’UGB, un compte peut être mis sous surveillance sans avertissement. Le client découvre la situation au guichet, souvent au moment le plus critique : celui où il vient toucher son salaire. Une humiliation silencieuse, devenue presque banale. Jadis reconnue pour son efficacité, la banque semble avoir perdu son âme depuis son intégration au groupe Attijariwafa.
Cliniques : le rendez-vous qui n’engage que le patient
Dans les cliniques privées, le rendez-vous médical n’est plus qu’un concept théorique. Les médecins arrivent en retard, les patients s’entassent, les heures défilent. Arriver à 8 h pour être reçu à 11 h est devenu un rituel. Le message implicite est clair : le temps du patient n’a aucune valeur. Dans un pays qui aspire à moderniser son système de santé, cette désinvolture interroge.
Internet : des opérateurs en roue libre
Les fournisseurs d’accès internet ne font guère mieux. Canalbox, en particulier, coupe parfois la connexion avant la fin de l’abonnement. Lorsqu’un client se plaint, il doit attendre jusqu’à 48 heures pour obtenir une réponse. Pendant ce temps, silence radio. Pas de compensation, pas d’explication. L’opérateur agit comme s’il n’avait de comptes à rendre à personne. Et pour cause : la concurrence est faible, la régulation encore plus.
Un pays qui veut se transformer… mais avec des services du passé
Comment espérer attirer des investisseurs, stimuler l’innovation ou moderniser l’économie quand les services de base fonctionnent au ralenti ? Le tertiaire gabonais ne soutient pas l’économie : il la freine. Il la ralentit. Il l’étouffe. Chaque heure perdue dans une file d’attente, chaque coupure internet injustifiée, chaque rendez-vous médical non respecté est un rappel brutal : le pays n’a pas encore enclenché sa transformation.
La 5ᵉ République face à un test décisif
Le gouvernement de la 5ᵉ République promet une rupture. Très bien. Mais la rupture ne se décrète pas : elle se construit. Et elle commence par un secteur des services digne de ce nom. Tant que les banques, les cliniques, les opérateurs internet et les autres prestataires continueront à fonctionner comme en terrain conquis, le Gabon restera prisonnier d’un modèle dépassé.
Le pays n’a pas besoin de discours. Il a besoin d’une politique publique ferme, cohérente, et surtout appliquée. Régulation, sanctions, professionnalisation, concurrence : voilà les chantiers urgents.
Pour l’instant, les services au Gabon restent une Arlésienne. On en parle, on les promet, on les attend… mais on ne les voit jamais.
Par Steeve Yondzi,
Président du Cercle de Réflexion Afrique Dignité


























