Alors que les dynamiques géopolitiques mondiales évoluent, les États membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) Mali, Burkina Faso et Niger réaffirment leur volonté de bâtir une architecture judiciaire fondée sur leurs propres valeurs sociétales. Cette orientation stratégique, qui conjugue promotion des droits humains et affirmation de la souveraineté, marque une rupture assumée avec certains mécanismes internationaux jugés inadaptés aux réalités locales.
Une justice régionale en construction
Le 15 septembre 2025, Niamey a accueilli la deuxième réunion des ministres de la Justice de l’AES. Cette rencontre a permis d’approfondir les efforts d’harmonisation des systèmes judiciaires et pénitentiaires des trois pays. Parmi les mesures phares discutées : la création d’une Cour pénale sahélienne et d’instances spécialisées pour juger les crimes de terrorisme et les crimes contre l’humanité.
Ce projet vise à renforcer l’autonomie judiciaire régionale, tout en garantissant un traitement équitable des infractions majeures dans un cadre conforme aux réalités culturelles et juridiques sahéliennes. Il s’inscrit dans une logique de consolidation institutionnelle, justifiant le retrait progressif de la Cour pénale internationale (CPI), perçue comme éloignée des préoccupations locales.
Coopération sélective et affirmation diplomatique
Malgré cette réorientation vers des mécanismes endogènes, les États de l’AES ne ferment pas la porte à la coopération internationale. Ils se disent disposés à œuvrer dans des cadres multilatéraux jugés pertinents, notamment au sein des Nations Unies, pour la défense des droits humains et le respect de la souveraineté des États.
Cette posture traduit une volonté de redéfinir les termes de la coopération internationale : non plus subie, mais choisie, fondée sur le respect mutuel et l’équilibre des intérêts.
Le Mali, entre recours juridique et stratégie de souveraineté
Dans cette dynamique, le Mali illustre une approche proactive en matière de recours internationaux. Le pays a récemment saisi la Cour internationale de justice (CIJ) pour une affaire impliquant l’Algérie, accusée de la destruction présumée d’un drone militaire malien sur son territoire entre mars et avril 2025. La procédure, actuellement suspendue dans l’attente du consentement algérien, témoigne de la volonté malienne d’utiliser les leviers juridiques internationaux pour défendre son intégrité territoriale.
Vers une justice sahélienne contextualisée
L’AES semble amorcer une transition vers une justice régionalisée, capable de répondre aux défis sécuritaires et sociétaux propres au Sahel. Cette démarche, loin d’être un repli, s’apparente à une réappropriation des outils juridiques, dans une logique de souveraineté maîtrisée. Elle interroge les modèles universels de justice et ouvre la voie à une pluralité de systèmes, où les droits humains ne sont pas abandonnés, mais réinterprétés à l’aune des contextes locaux.


























