Libreville, le 29 avril 2026- Depuis l’entrée en vigueur du nouveau Code pénal en 2019, le Gabon a choisi de ne plus traiter l’ivresse sur la voie publique comme une simple incivilité tolérable, mais comme un comportement juridiquement répréhensible. La sanction, pouvant aller jusqu’à trois mois d’emprisonnement et 100 000 FCFA d’amende, marque une volonté claire : restaurer l’ordre public et contenir des dérives souvent associées à l’alcoolisation excessive.
D’abord, il convient de reconnaître que cette loi répond à un désordre bien réel. L’ivresse publique n’est pas anodine. Elle s’inscrit dans un faisceau de comportements susceptibles de troubler la tranquillité collective : altercations, nuisances sonores, perte de contrôle, voire violences. Le législateur, en durcissant le ton, adresse un message sans ambiguïté : la rue n’est pas un espace d’abandon de soi.
D’un point de vue psychologique, l’ivresse publique traduit souvent un relâchement des inhibitions, mais aussi, plus profondément, une forme de fragilité. Elle peut être le symptôme d’une solitude latente, d’une frustration sociale ou d’un besoin d’exutoire. En sanctionnant ce comportement, l’État ne punit pas uniquement un acte visible, il tente également d’endiguer ses manifestations les plus désordonnées.
Ensuite, se pose la question cruciale de l’application de la loi. Car une norme juridique ne vaut que par la manière dont elle est mise en œuvre. L’ivresse dite « manifeste » reste une notion d’appréciation. Où commence-t-elle réellement ? À partir de quel moment un individu bascule-t-il de la simple euphorie à l’infraction ? Cette zone d’incertitude ouvre inévitablement un espace d’interprétation.
Or, cet espace peut devenir le terrain de dérives. Dans la pratique, le citoyen interpellé se retrouve souvent en position de vulnérabilité face à l’autorité. L’agent incarne la loi, mais aussi un pouvoir immédiat et concret. Dans ce rapport asymétrique, une tentation peut émerger : celle de transformer une infraction en opportunité, une procédure en arrangement informel.
Il faut ici le dire avec fermeté : la lutte contre l’ivresse sur la voie publique ne saurait devenir un prétexte à l’escroquerie. Le maintien de l’ordre ne doit jamais se confondre avec une logique d’enrichissement personnel. Toute pratique consistant à soutirer de l’argent en dehors des voies légales constitue une faute grave, qui mine la crédibilité de l’institution et fragilise le lien de confiance avec les citoyens.
Par ailleurs, sur le plan psychologique, l’abus d’autorité trouve souvent sa source dans un sentiment d’impunité et dans l’absence de contrôle immédiat. Lorsqu’un individu détient un pouvoir sans contrepoids visible, il peut être tenté d’en tester les limites. Face à lui, un citoyen en état d’ivresse, affaibli dans son discernement, devient une proie facile, moins apte à résister, parfois disposé à céder pour éviter des complications.
Dans ces moments précis, l’éthique professionnelle doit s’imposer avec d’autant plus de rigueur. Le rôle des forces de l’ordre est de protéger et d’encadrer, non de tirer profit des faiblesses passagères des individus. La loi doit rester un instrument de régulation, jamais un levier de prédation.
Dès lors, la question de la confiance devient centrale. Une loi, même légitime dans son principe, perd de sa valeur si son application suscite la suspicion. Pour être respectée, elle doit être perçue comme juste, cohérente et équitable. Cela suppose un encadrement rigoureux des pratiques, une vigilance constante et une responsabilisation effective en cas de dérive.
Enfin, il apparaît que la responsabilité est partagée. Le citoyen doit intégrer que l’espace public impose des règles et que la liberté individuelle ne peut s’exercer au détriment de la tranquillité collective. Mais cette exigence ne peut être crédible que si elle s’accompagne d’une exemplarité irréprochable des institutions chargées de la faire respecter.
En définitive, une société ne se mesure pas seulement à la sévérité de ses textes, mais à la justesse de leur application.
Comme le dit un proverbe de Lambaréné : « La pirogue ne chavire pas à cause de l’eau, mais à cause de ceux qui oublient de ramer ensemble. »


























