À Mbigou, les routes ne sont plus de simples infrastructures dégradées : elles sont devenues le symbole d’un abandon qui s’enracine et d’un quotidien qui se délite. Dans cette commune du sud du Gabon, les voies censées relier les quartiers se transforment en gouffres qui isolent, ralentissent et mettent en danger. Ce qui devait être un réseau de circulation est désormais un archipel de ravins où chaque déplacement relève de l’effort, parfois du risque.
La voirie de Mbigou offre aujourd’hui un spectacle saisissant : tranchées profondes, crevasses qui s’élargissent à chaque pluie, étendues de boue où stagnent des eaux sales faute de drainage. L’érosion a gagné du terrain, littéralement. À certains endroits, la route n’existe plus que par fragments, séparés par des failles qui coupent toute continuité.
Les motocyclistes slaloment pour éviter les chutes, les véhicules s’enlisent, les piétons s’aventurent sur des sentiers improvisés. Les pluies, loin d’être un phénomène exceptionnel, deviennent chaque saison un facteur aggravant qui emporte un peu plus de terre, un peu plus de sécurité, un peu plus de dignité.
Pour les habitants, cette situation n’est pas une simple gêne : c’est une entrave structurelle à la vie sociale et économique comme nous le rapporte nos confrères de Malebe fm.
Les malades peinent à rejoindre les centres de santé.
Les enfants parcourent des détours interminables pour atteindre l’école.
Les commerçants voient leurs marchandises bloquées ou abîmées.
Certains quartiers deviennent inaccessibles pendant des jours.
« Nous souffrons tous les jours », lâche un habitant, résumant un sentiment collectif d’abandon et d’impuissance.
La dégradation des routes n’est pas qu’un problème de mobilité : elle freine l’activité économique. Les transporteurs augmentent leurs tarifs pour compenser les risques, les produits deviennent plus chers, les échanges se raréfient. Dans une région où l’économie repose sur la circulation des biens et des personnes, chaque ravin est une barrière supplémentaire à la croissance.
Face à cette situation, une question s’impose : combien de temps encore Mbigou devra-t-elle attendre pour être entendue ? La réhabilitation des routes, l’installation de caniveaux, la mise en place d’un système de drainage et un entretien régulier ne sont plus des options : ce sont des impératifs.
Laisser Mbigou s’enfoncer dans l’érosion, c’est accepter que des milliers de citoyens vivent dans l’insécurité, l’isolement et la précarité. Les autorités locales et nationales sont interpellées : il est temps d’agir, et d’agir durablement.























