Le thermomètre social flirte désormais avec la zone critique dans les universités gabonaises. Comme une marmite laissée trop longtemps sur le feu, la grogne menace de déborder. Le collectif Intelligentsia, récemment transformé en syndicat, a réuni ses membres en Assemblée générale le 18 février à Libreville. À l’ordre du jour, le bilan des travaux de la commission tripartite associant les ministères de l’Enseignement supérieur, de la Fonction publique et du Budget. Le verdict est sans appel : la déception est profonde et la colère, brûlante.
Face à leurs collègues, les enseignants-chercheurs n’ont pas arrondi les angles. « Nous exprimons notre insatisfaction vis-à-vis de l’issue des négociations et de l’accueil réservé aux recommandations des sous-commissions », a déclaré leur porte-parole, donnant voix à un malaise ancien. Derrière ces mots se cache un sentiment de mépris administratif, vécu comme une gifle silencieuse par des centaines d’enseignants dont les carrières stagnent et dont les revenus demeurent suspendus à des engagements sans lendemain.
Au cœur du bras de fer, une réalité aussi simple que choquante s’impose : des enseignants assurent cours magistraux et travaux dirigés dans les universités et grandes écoles publiques sans percevoir le moindre salaire. Une anomalie devenue habitude, que le syndicat refuse désormais de tolérer. Pour Intelligentsia, enseigner sans être payé revient à bâtir le savoir sur du sable mouvant.
Les revendications sont claires et l’ultimatum, sans équivoque. Le syndicat exige la mise immédiate sous « pré-salaires » de l’ensemble des enseignants recensés dans les établissements publics d’enseignement supérieur. À cela s’ajoute le reclassement de tous les collègues admis au CAMES mais toujours laissés en marge du système. « Nous nous réservons le droit d’agir en conséquence dans l’ensemble des universités publiques et grandes écoles gabonaises », a averti le porte-parole. La menace plane comme un nuage noir : grèves, blocages et paralysie générale si le silence des autorités persiste.
En se structurant officiellement en syndicat, Intelligentsia entend s’imposer face au Syndicat national des enseignants-chercheurs et occuper une troisième voie, plus combative, dans le paysage syndical de l’enseignement supérieur. Cette mutation marque une rupture stratégique, traduisant la volonté de rompre avec les demi-mesures et les dialogues stériles.
Le scénario redouté se dessine déjà : amphithéâtres déserts, examens compromis, calendriers académiques disloqués. Les étudiants pourraient devenir les otages involontaires d’une crise nourrie par l’inaction. Alors que le Gabon post-transition affiche l’ambition de refonder ses institutions, laisser l’université sombrer serait un aveu d’échec. L’enseignement supérieur, creuset des élites de demain, ne peut être sacrifié sur l’autel de l’indifférence administrative.
Le message d’Intelligentsia est limpide : l’heure n’est plus aux promesses, mais aux actes. Faute de réponses concrètes, la contestation pourrait se muer en tempête durable. Le gouvernement est désormais face à ses responsabilités, averti qu’ignorer cette alerte rouge reviendrait à jouer avec l’avenir même de l’université gabonaise.


























