Libreville, le 29 janvier 2026- Il est des silences qui apaisent. D’autres qui protègent. Et puis il y a ceux qui trahissent. Celui de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB) appartient à cette dernière catégorie.
Au moment où le pays traverse des secousses majeures, crise profonde de l’éducation nationale, arrestations controversées des journalistes-syndicalistes et activistes, crispations sociales, regain de parole politique chez les opposants, l’UDB brille par une absence qui interroge, irrite et finit par inquiéter. Majoritaire dans les institutions, archi-représentée au Parlement et dans les collectivités locales, elle demeure étrangement inexistante dans l’arène du débat national. Comme si le pouvoir qu’elle détient l’avait privée de voix.
La grève de SOS éducation a pourtant constitué un test grandeur nature. Un moment de vérité. Une occasion historique pour un parti se réclamant de la responsabilité et de la construction nationale d’exister autrement que par des chiffres électoraux. Il n’en fut rien. Ni déclaration forte, ni cadre identifié pour porter une position claire, ni tentative visible de médiation politique. L’UDB s’est tue. Et dans ce silence, elle a laissé l’opinion livrée à elle-même, aux rumeurs, aux colères et aux récupérations.
Plus grave encore, ce mutisme n’est pas ponctuel. Il est devenu une méthode.
Lorsque des figures de l’opposition s’expriment, Alain Claude Bilie By Nze avec sa rhétorique affûtée, Jean Rémy Yama avec son courage social, la Coalition pour la nouvelle République avec son positionnement de non-alignée, l’UDB ne répond pas. Elle observe. Elle esquive. Elle se dérobe. À croire que la contradiction lui est devenue étrangère, comme si la majorité dispensait de l’effort intellectuel et politique.
Or, un parti qui ne répond pas au débat accepte tacitement que d’autres en fixent les termes.
Cette démission politique est d’autant plus troublante qu’elle alimente une perception de plus en plus partagée : l’UDB n’aurait jamais été conçue comme un parti d’idées, mais comme un véhicule. Un outil de reconversion accélérée pour des cadres, élus, amis, parents et copains désireux de quitter un PDG devenu politiquement toxique, sans rompre avec ses réflexes ni ses méthodes. Le changement de sigle aurait servi de lessive symbolique, sans véritable rupture morale.
Le paradoxe est cruel. En prétendant tourner la page du Parti démocratique gabonais, l’UDB semble en avoir conservé les automatismes les plus décriés : conquête du pouvoir à tout prix, soupçons de pratiques électorales discutables, alignement mécanique, et surtout, incapacité chronique à penser le pays autrement que depuis les couloirs institutionnels.
À force de vouloir gagner vite, l’UDB a perdu l’essentiel : la crédibilité politique.
Elle est aujourd’hui un parti sans doctrine clairement énoncée, sans manifeste lisible, sans programme propre. Elle se réclame du président de la République, mais ne le protège pas politiquement. Elle revendique la majorité, mais ne l’assume pas intellectuellement. Elle invoque la loyauté, mais confond fidélité et silence.
Or, accompagner un chef de l’État ne consiste pas à se taire pendant qu’il encaisse seul les tempêtes. Un parti est censé amortir, expliquer, défendre, proposer. L’UDB ne fait rien de tout cela. Elle regarde le président avancer, souvent seul, pendant qu’elle se replie dans le confort institutionnel que lui ont offert les urnes.
La conséquence est lourde : chaque crise mal expliquée, chaque décision non contextualisée, chaque silence prolongé affaiblit non seulement le parti, mais aussi l’action présidentielle elle-même. En se taisant, l’UDB ne protège pas Oligui Nguema ; elle l’expose.
Le pays n’a pas besoin d’un parti décoratif, ni d’une majorité fantôme. Il a besoin d’une force politique enracinée, courageuse, capable d’affronter les débats difficiles sans trembler, de dialoguer avec la société, de répondre à l’opposition et d’assumer ses choix.
À défaut d’un sursaut rapide, l’UDB risque de devenir un paradoxe historique : un parti ultradominant numériquement, mais marginal politiquement. Présent partout dans les institutions, absent partout dans les consciences.
Et dans un pays en quête de refondation, ce genre de vide finit toujours par être comblé. Par d’autres.
Par Roland Olouba Oyabi, journaliste et Directeur de publication de Gabon Mail Infos


























