Au Cameroun, l’horloge politique semble figée, comme si le pays avançait au rythme immobile d’un vieux métronome. Ce jeudi 6 novembre à Yaoundé, Paul Biya, nonagénaire au règne interminable, a prêté serment pour un huitième mandat, prolongeant ainsi quarante-trois années de pouvoir ininterrompu. À 92 ans, celui que d’aucuns qualifient de « patriarche d’Étoudi » demeure le plus âgé des chefs d’État en exercice, un monarque républicain dont l’ombre s’étire sur plusieurs générations.
La cérémonie, sobre et millimétrée, s’est déroulée à l’Assemblée nationale. Vêtu d’un costume sombre, main droite levée comme pour sceller un pacte avec l’Histoire, le président a juré fidélité à la nation sous le regard grave des magistrats du Conseil constitutionnel. Point de dirigeants étrangers, seulement des députés, diplomates et notables de la scène politique venus assister à cet acte solennel.
Dans un discours de vingt minutes, Paul Biya a usé d’un ton grave, reconnaissant « la gravité de la situation que traverse notre pays » et « la profondeur des frustrations ». Des mots pesants, jetés comme des pierres dans un lac agité par les contestations post-électorales. Car la victoire officielle, annoncée à 53,66 %, est farouchement remise en cause. Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre devenu figure charismatique de l’opposition, revendique lui aussi la magistrature suprême. « Il y a désormais deux présidents », clame-t-il, attisant les braises d’un climat déjà inflammable.
Les manifestations qui ont suivi l’annonce des résultats ont été réprimées avec violence, laissant derrière elles des « pertes en vies humaines » que le gouvernement reconnaît sans en préciser l’ampleur. Des foules de jeunes, galvanisées par l’appel au changement, ont défilé dans plusieurs villes, avant d’être dispersées dans un tumulte de gaz, de cris et de coups. Tchiroma, dont la localisation reste inconnue, appelle désormais à des opérations « villes mortes », suivies de manière contrastée selon les régions.
L’International Crisis Group alerte : « aucun camp ne semble prêt à céder », et les incohérences relevées dans les résultats nourrissent les soupçons. Dans un pays où gronde déjà une rébellion séparatiste dans les régions anglophones, l’étincelle électorale pourrait embraser un foyer plus vaste. L’Union européenne, l’Union africaine et l’ONU dénoncent la répression et appellent à une enquête impartiale, espérant éviter que le Cameroun ne s’enfonce dans un cycle de violences.


























