Libreville, le 07 novembre 2025 — La loi de finances 2026, adoptée récemment à l’Assemblée nationale, continue de susciter de vives réactions dans l’opinion publique. De nouvelles taxes, combinées à une pression fiscale déjà élevée, viennent alourdir le quotidien des Gabonais, fragilisés par un contexte économique difficile.
Désormais, la taxe foncière, la taxe sur les télécommunications à hauteur de 5 %, et la taxe sur l’électricité portée à 9 % viendront s’ajouter aux charges des ménages. L’État annonce par ailleurs la suppression de la taxe sur les ordures ménagères (jusqu’ici fixée à 7 %) pour la remplacer par une nouvelle contribution baptisée “taxe d’amélioration du cadre de vie”, elle aussi fixée à 9 %.
Sur le papier, cette réforme fiscale vise à accroître les recettes de l’État. Dans les faits, elle soulève des inquiétudes : si la fin des subventions sur les produits pétroliers, initialement prévue pour janvier 2026, a finalement été annulée, cette décision n’efface pas pour autant la perception d’un durcissement fiscal général.
Les citoyens redoutent toujours une hausse indirecte du coût de la vie, provoquée par la multiplication des taxes sur les services essentiels. L’électricité, les télécommunications et les charges foncières étant des besoins quotidiens, le poids de ces prélèvements risque de se répercuter sur tous les secteurs, du transport à la pêche, jusqu’aux produits alimentaires.
L’austérité, ce mot qu’on évite dans les couloirs ministériels, semble pourtant s’imposer dans les faits. Car augmenter la fiscalité sans allègement parallèle des dépenses de prestige revient à faire supporter aux plus modestes la charge de l’ajustement budgétaire.
Certes, l’État doit trouver des ressources pour financer les infrastructures et équilibrer ses comptes. Mais à quel prix ? Selon des sources officieuses, l’objectif de ces nouvelles mesures serait de récolter près de 12 milliards de francs CFA par mois, soit 144 milliards par an.
Une somme considérable, mais qui interroge : pourquoi ne pas puiser dans les fonds de souveraineté de la présidence, estimés à près de 250 milliards, pour soulager la pression sur les ménages ? Une telle initiative traduirait une réelle volonté politique de partage de l’effort et un véritable amour du peuple.
Au lieu de ponctionner davantage le citoyen, plusieurs observateurs estiment qu’il serait temps de revisiter certaines “niches financières” :
les primes allouées aux anciens Premiers ministres, présidents de l’Assemblée nationale ou du Sénat, ainsi que les fonds communs octroyés à certains hauts fonctionnaires et membres du gouvernement.
Ces privilèges pourraient être réduits, voire supprimés, afin de préserver le peu qu’il reste dans l’assiette du Gabonais moyen.
Autre point de crispation : la manière dont cette loi a été adoptée. Sur l’ensemble des députés, seuls trois ont voté contre ces dispositions fiscales. Cette quasi-unanimité interroge sur la liberté de conscience des élus et leur rôle réel en tant que représentants du peuple.
Beaucoup estiment qu’une décision aussi cruciale aurait dû attendre l’installation des nouveaux députés élus, afin que le débat soit mené dans un cadre plus légitime et véritablement représentatif.
Mais au-delà des chiffres et des votes, le plus grand malaise demeure le silence de l’État. La communication publique, censée éclairer le citoyen, semble inexistante. Dans ce pays, l’information circule comme dans un village enveloppé de brume, où chacun répète ce qu’il a entendu sans jamais voir la lumière du message officiel.
Ce flou nourrit la méfiance, les rumeurs et l’incompréhension — terrain fertile pour le désengagement civique.
En définitive, ces nouvelles mesures fiscales consignées dans la loi de finances 2026 mettent en évidence une fracture grandissante entre l’État et le citoyen. Car la fiscalité, au-delà des chiffres, repose sur un principe de confiance : chacun accepte de contribuer à la hauteur de ses moyens, à condition que l’État redistribue avec équité et transparence.
Or, quand les impôts augmentent pendant que les services publics stagnent, c’est le contrat social lui-même qui vacille.
L’heure est venue, non pas de multiplier les taxes, mais de restaurer la confiance. Un État fort n’est pas celui qui prélève le plus, mais celui qui convainc ses citoyens que leur contribution construit un avenir commun.


























