Depuis plusieurs semaines et mois, Noureddin Valentin Bongo s’est mué en météore bruyant traversant les plateformes numériques. Le rejeton de l’ancien président Ali Bongo déverse frénétiquement des séquences vidéo captées subrepticement, arrachées à la réalité grâce à une technologie d’espionnage qui semble sortie d’un film hollywoodien. Ces enregistrements explosifs, véritables étincelles lancées dans un baril déjà fumant, attestent l’emprise du pouvoir exécutif sur l’appareil judiciaire. Ils laissent surtout entrevoir, selon plusieurs observateurs aguerris, une opération d’intimidation savamment huilée, dirigée contre le président Brice Clotaire Oligui Nguema, comme si l’on cherchait à lui passer au cou un collier de menaces invisibles.
Un piège tendu au locataire du palais présidentiel ?
Sans épouser aveuglément la ligne du chef de l’État ni légitimer l’immixtion politique dans les tréfonds de la justice, force est de reconnaître que le président gabonais semble être la cible d’une nébuleuse aux desseins opaques. Une ombre qui rôde, lampe torche à la main, scrutant la moindre faille. Pourquoi ces vidéos surgissent-elles précisément au moment où le procès des Bongo Valentin refait surface ? On dirait des gouttes de poison distillées au millimètre, au rythme d’un calendrier invisible.
À l’échelle mondiale, les tractations entre autorités et prévenus sont monnaie courante. On marchande la réduction d’une condamnation contre un dédommagement financier, un renseignement capital ou un silence utile. Noureddin Valentin, lui, projette en pleine lumière ce qui se négocie ailleurs derrière des portes capitonnées. Mais la chronologie de ses révélations ressemble à une toile d’araignée où chaque fil semble tiré par une main patiente, presque chirurgicale.
Des réformes souverainistes qui bousculent les intérêts étrangers
Dès son arrivée au pouvoir, dans le sillage de ses homologues de l’Alliance des États du Sahel (AES), Brice Clotaire Oligui Nguema a enchaîné les mesures destinées à restaurer la souveraineté économique nationale : transformation locale du manganèse à l’horizon 2027, obligation d’implanter les sièges des multinationales sur le sol gabonais, rachat d’Assala Énergie… Une véritable série de coups de marteau frappant l’enclume des intérêts étrangers.
Ces décisions nationalistes dérangent inévitablement des puissances qui, jusqu’ici, transformaient les ressources gabonaises dans leurs propres usines, générant emplois et profits chez elles, tandis que les propriétaires des richesses croupissaient dans le chômage. Des gels de recrutement initiés sous Ali Bongo, pendant que Mexan Accrombessi se faisait plein les poches. Sans exclure les fils Oceni et bien d’autres.
Si les révélations de Valentin Bongo confirment l’instrumentalisation politique de la magistrature, elles pourraient aussi masquer une stratégie plus sombre : discréditer le chef de l’État et détourner l’attention de la responsabilité écrasante de la dynastie Bongo dans le pillage méthodique du pays. Comme si l’on voulait repeindre en vert une forêt qu’on a soi-même incendiée.
Justice à reconstruire, mais pas d’impunité pour les prédateurs d’hier
La refonte de l’appareil judiciaire s’impose avec évidence. Mais voir ceux qui ont orchestré trente ans de gabegie endosser aujourd’hui les habits de martyrs relève de la farce la plus ignoble. Les artisans de la prédation institutionnalisée ne peuvent se draper dans la victimisation comme on enfile un costume. Le Gabon mérite une justice autonome, solide, étanche. Mais il doit aussi repousser fermement les manœuvres de chantage de ceux qui, hier encore, se repaissaient de l’État comme d’une carcasse offerte.
Les zones d’ombre qui taraudent l’opinion publique
L’opinion gabonaise, qui a massivement soutenu Brice Clotaire Oligui Nguema lors de la présidentielle d’avril dernier, reste hantée par une série de questions lancinantes. Comment Noureddin Valentin s’est-il procuré cet arsenal technologique digne de l’agent 007 ? À quel moment a-t-il installé son réseau d’enregistrements clandestins ? Ces captations sont-elles le fruit d’une préméditation millimétrée, comme des mines enfouies sous le parquet institutionnel ?
Faut-il s’attendre à une révélation ultime, la fameuse cerise sur le gâteau, ou à un énième coup de théâtre des Valentin Bongo ? Ces interrogations brûlantes maintiennent une population en apnée, suspendue comme un public qui attend le dernier acte d’une pièce inquiétante.
Derrière ces fuites méticuleusement orchestrées se dessine peut-être une opération de déstabilisation visant un chef d’État déterminé à rompre avec des décennies d’exploitation néocoloniale. L’avenir dira si cette offensive atteindra son objectif ou si elle se retournera, tel un boomerang mal lancé, contre ses propres instigateurs.
Par Roland Olouba Oyabi
Manager des médias et journaliste multimédia est titulaire d’un Master 2 en Management international des médias (IAE Lille/Université de Lille) et d’une licence professionnelle en journalisme multimédia (ESJ Lille/Université de Lille).
Certifié Référent digital par l’École 241 de Libreville, il détient aussi une licence en gestion et création des organisations (Université de Johannesburg).
Lauréat du Prix du Meilleur Journaliste en Ligne des Awards de la Presse Gabonaise Makongonio 2025
Il fonde en 2020 le média Gabon Mail Infos, qu’il dirige comme directeur de Publication et Rédacteur en chef.


























