Les urnes du référendum constitutionnel se sont refermées sur un cri muet ce 16 novembre 2024. Avec une participation timide de 53,54 %, et une validation de la nouvelle Constitution avec 49,14%, une nouvelle voix semble s’élever dans le paysage gabonais : celle du silence populaire. Ce choix de l’abstention au référendum, loin d’être une absence, résonne comme un refus, un verdict contre une transition militaire qui tarde à céder la place aux civils et où l’ombre de l’ancien régime persiste comme un spectre insatiable.
Un peuple en retrait : l’abstention comme bannière
Tel un fleuve retirant ses eaux face à une tempête, le peuple gabonais a déserté les urnes, mais non le débat. Cette abstention massive au référendum, marquée par l’indifférence de presque la moitié des inscrits, illustre un rejet sourd mais puissant. Les promesses de renouveau ont perdu leur éclat face à un casting politique qui rappelle les vieux démons du Parti démocratique gabonais (PDG). Les Gabonais, en s’effaçant du scrutin, ont dressé un rempart invisible contre des décisions qu’ils jugent déjà dictées.
Les militaires : sentinelles ou colonnes d’un passé immuable ?
Là où les urnes se vident, les casernes se remplissent. Les militaires, ces gardiens autoproclamés de la transition, s’éternisent comme des statues de marbre sur une place publique. Leur pouvoir, massif et imposant, peine à se muer en une passerelle vers une gouvernance civile. L’image d’une armée protectrice se brouille, laissant transparaître les traits d’un régime qui recycle les méthodes et les visages d’hier. Leur autorité, si solide en apparence, commence à évoquer un étau sur une démocratie balbutiante.
L’héritage encombrant du PDG
Dans ce décor de défiance, la transition peine à se départir de l’ombre du PDG. Comme un parfum tenace, les figures de l’ancien régime, omniprésentes, suscitent la méfiance. Les Gabonais voient des alliances improbables se nouer, des adversaires d’hier chanter à l’unisson, et des promesses de renouveau éclipsées par des compromis douteux. Ce mélange baroque d’anciens et de nouveaux acteurs conforte l’idée d’une continuité déguisée, une pièce jouée avec les mêmes acteurs sous un décor différent.
La déception : un abîme entre peuple et dirigeants
Chaque jour qui passe, l’écart se creuse entre les aspirations populaires et la réalité de la gestion militaire. Les rêves d’un « Gabon nouveau » s’effritent face aux lenteurs, aux incohérences et à l’incapacité à rompre avec les pratiques du passé. L’abstention, telle une plaie béante, traduit cette fracture. Les électeurs, désabusés, ont laissé les militaires à leurs manœuvres, estimant que leur voix n’était plus un levier, mais une formalité ignorée.
Un avertissement silencieux
Ce référendum n’est pas une victoire, mais un signal. Dans une démocratie en construction, l’abstention à un référendum n’est pas une simple absence, mais un cri de détresse. Les militaires, en consolidant leur position, risquent d’étouffer le souffle d’un peuple qui aspire à la justice et à la rupture. Le temps presse : à trop imiter les échecs du passé, la transition pourrait devenir un simulacre, emportée par la même vague de défiance qui l’a fait naître.
Le Gabon se tient à une croisée des chemins. L’abstention et la déception se liguent contre un régime qui, bien que paré d’uniformes, emprunte des allures d’hier. Si le message n’est pas entendu, les ombres du passé risquent d’assombrir encore longtemps l’avenir du pays.
Par Roland OLOUBA OYABI, Directeur de Publication de Gabon Mail infos, diplômé de l’École supérieure de Journalisme de Lille et de l’Université de Lille puis diplômé en Management de l’Université de Johannesburg


























