Près de deux ans après les arrestations spectaculaires, la justice gabonaise vient enfin de fixer une date pour le procès de Sylvia Bongo Ondimba et de son fils Noureddin Bongo Valentin. Ce procès tant attendu, prévu du 10 au 14 novembre 2025, risque pourtant de se tenir en l’absence des principaux accusés, désormais hors du territoire. Une décision qui scandalise l’opinion, alimente le soupçon d’impunité, et donne à la justice gabonaise les allures d’un théâtre vide où l’on jouerait une tragédie sans acteurs.
Depuis leur arrestation en août 2023, peu après le coup d’État qui mit fin au régime Bongo, les gabonais attendaient un procès retentissant, à la hauteur des accusations de détournement de fonds publics et de pillage du Trésor. Mais la justice est restée silencieuse, comme une horloge sans aiguilles dans un palais de marbre. Deux années d’attente, deux années de rumeurs, deux années sans vérité.
Et voilà qu’alors que Sylvia et Noureddin Bongo ont quitté le territoire, le tribunal annonce enfin une date. Le timing interroge autant qu’il révolte. La question n’est plus seulement juridique, elle devient morale : à quoi bon un procès si les prévenus sont absents?
Les autorités judiciaires ont précisé que le procès se tiendra en contumace, c’est-à-dire en l’absence des accusés. Une possibilité prévue par la loi, certes. Mais dans un contexte où la Transition avait fait de la justice un pilier de sa légitimité, cette annonce passe mal.
Le peuple gabonais, épuisé par des décennies d’inégalités et de corruption, attendait une justice debout, pas à genoux devant les fantômes du passé. Fixer un procès sans les principaux protagonistes revient à organiser un bal masqué dans un cimetière politique.
L’enquête initiale évoquait des dizaines de milliards de francs CFA détournés par les soins de Sylvia et Noureddin Bongo. Des comptes bancaires opaques. Des circuits financiers souterrains. Et pourtant, aucune annonce concrète sur la restitution des fonds, sur la saisie des biens ou sur les poursuites internationales.
Comment comprendre qu’après une si longue détention préventive, aucune opération judiciaire d’envergure ne soit visible? Pourquoi l’argent du peuple, pillé à ciel ouvert, semble-t-il s’évaporer dans le brouillard des procédures ? Une justice qui ne rend rien au peuple est une justice vidée de son sens.
Le contribuable gabonais regarde cette affaire avec colère. C’est son argent qui a été volé. C’est sa misère qui s’est prolongée. Et c’est lui qui se retrouve aujourd’hui spectateur d’une farce judiciaire mal montée, sans acteurs, sans courage, sans horizon.
L’État prétend rendre justice, mais à qui? Certainement pas à ce peuple qui, dans les quartiers populaires, paie encore les conséquences de ce régime familial devenu machine à broyer les espoirs.
Au lieu de clore un chapitre de l’histoire nationale, ce procès pourrait bien ouvrir une brèche dans la légitimité même de la Transition. Car juger les Bongo sans les Bongo, c’est comme vouloir vider l’océan avec une cuillère trouée.
Il ne s’agit pas ici de vengeance, mais de vérité. Pas de revanche, mais de redevabilité. La Transition ne peut pas se permettre de transformer la justice en vitrine. Si les fautes restent impunies et les coupables inaccessibles, alors la révolution promise n’était qu’un mirage.
Le Gabon mérite mieux qu’un simulacre. Il mérite une justice ferme, lucide et fidèle à ceux qui n’ont que leur dignité pour héritage.
Par Darlyck Ornel Angwe, journaliste stagiaire


























