Malgré les injonctions répétées des autorités locales, les commerçants informels ont réinvesti massivement les trottoirs et espaces publics de la capitale économique gabonaise. Ce retour en force, particulièrement visible dans les quartiers du Grand-Village, de La Balise et du Centre-ville, illustre une forme de défiance à l’égard des décisions établies et met en lumière les limites de l’autorité municipale.
Lancée avec vigueur par le général Pierre Rizogo Rousselot, président de la délégation spéciale chargée de la gestion de la commune, l’opération « Libérez les trottoirs » avait suscité l’espoir d’un retour à l’ordre urbain. Pendant plusieurs semaines, les trottoirs avaient été dégagés, les étals démantelés, et les piétons pouvaient enfin circuler librement.
Mais cette dynamique s’est essoufflée. Les commerçants, souvent munis d’installations mobiles (brouettes, caisses, parasols), ont repris possession des lieux, contournant les contrôles et profitant de l’absence de suivi rigoureux. Ce phénomène traduit une forme d’insubordination civile, où les décisions administratives peinent à s’imposer durablement. On voit ici une forme de défiance de l’autorité municipale à Port-Gentil.
Ce réinvestissement anarchique des trottoirs contraint les piétons à emprunter la chaussée, augmentant les risques d’accidents et perturbant la fluidité de la circulation. Les usagers dénoncent une situation intenable, où l’espace public devient un champ de tension entre commerce informel et droit à la mobilité.
Le non-respect des décisions municipales révèle une faille dans la gouvernance locale : absence de sanctions dissuasives, manque de coordination entre les services, et surtout, une tolérance implicite qui fragilise l’autorité de l’État. Cette situation soulève une question fondamentale : comment faire respecter les règles sans compromettre les moyens de subsistance des populations vulnérables ?
Pour sortir de cette impasse, la municipalité devra repenser son approche : créer des zones de commerce dédiées, renforcer les contrôles, mais aussi engager un dialogue avec les acteurs du secteur informel. Car au-delà du désordre apparent, c’est toute une économie parallèle qui s’exprime — avec ses codes, ses urgences, et ses résistances.
Port-Gentil est à la croisée des chemins : entre fermeté institutionnelle et inclusion sociale, entre ordre public et survie économique. Le respect des décisions établies ne peut être une option, mais il doit s’accompagner d’une vision inclusive et durable.


























