À l’approche du second tour des législatives prévu le 11 octobre 2025, le Gabon retient son souffle. Dans les coulisses d’une République en quête de légitimité, se joue une partie d’échecs politique où chaque pion semble avancer au rythme d’une mélodie connue d’avance. Sous le vernis du pluralisme, les désistements officieux de plusieurs candidats de l’Union démocratique des Bâtisseurs (UDB) , du président Oligui Nguema, au profit du Parti démocratique gabonais (PDG) apparaissent comme les fissures d’un édifice démocratique qu’on disait neuf.
À Mayumba, Tatiana Bouyou s’efface dans un silence troublant ; à Ntoum, Zéphirine Etotowa s’éclipse comme une ombre. Ces figures de l’UDB, pourtant en lice, auraient discrètement cédé le terrain à leurs rivaux du PDG. Des retraits déguisés, illégaux, car contraires à l’article 80 alinéa 4 du Code électoral, qui ne tolère le désistement qu’en cas de décès ou d’empêchement reconnu par la Cour constitutionnelle. En d’autres termes, la loi ferme la porte, mais la politique trouve toujours la clé sous le paillasson.
Ces cas, loin d’être isolés, dessinent les contours d’une recomposition silencieuse du pouvoir. L’UDB, parti fondé par le général-président Brice Clotaire Oligui Nguema, semble jouer un double jeu : visage d’opposition le jour, allié discret du PDG la nuit. Le retrait des recours déposés par le PDG contre les candidats UDB ayant franchi la ligne sans démission formelle (article 82) agit comme une signature invisible au bas d’un pacte tacite.
Les scrutateurs, censés incarner la neutralité, sont accusés d’être les longs bras du pouvoir. Dans l’imaginaire collectif, ces variations alimentent le sentiment d’un scrutin truqué, où les dés sont pipés avant même que la partie commence.
Oligui Nguema, jadis perçu comme le messie d’un renouveau post-putsch, apparaît désormais comme l’architecte d’un système électoral verrouillé, d’une démocratie au rabais. Les résultats triomphants du « OUI » au référendum, les scores sans appel de la présidentielle et ces désistements savamment orchestrés et précédés par une massification de votes par procuration tissent la toile d’une démocratie sous surveillance. Derrière les sourires et les discours d’unité, se dessine une mécanique bien huilée où l’État de droit devient un simple décor de théâtre.
Le droit électoral, autrefois boussole républicaine, semble désormais transformé en instrument de convenance. Sous le manteau de la légalité, se trament des arrangements de couloir, des pactes silencieux, des promesses chuchotées dans l’ombre. Les désistements officieux, les scrutateurs partisans et les recompositions feutrées illustrent la volonté de maintenir un statu quo doré sous couvert de démocratie.
Le Gabon, à la croisée des chemins, doit choisir : consolider ses institutions et offrir à son peuple une transparence réelle, ou s’enliser dans un théâtre électoral où le rideau se lève sur la même pièce, jouée par les mêmes acteurs. Le scrutin du 11 octobre ne sera pas qu’un vote : il sera le miroir dans lequel se reflétera la vérité du régime Oligui, celle d’un pouvoir en quête de légitimité ou d’un système qui, sous la lumière du jour, s’effrite dans l’ombre. On voit dans cette démocratie « tropicalisée » un jeu à cache-cache.
Par Roland Olouba Oyabi
Manager des médias et journaliste multimédia, est titulaire d’un Master 2 en Management international des médias (IAE Lille) et d’une licence professionnelle en journalisme multimédia (ESJ Lille/Université de Lille).
Certifié Référent digital par l’École 241 de Libreville, il détient aussi une licence en gestion et création des organisations (Université de Johannesburg).
Lauréat du Prix du Meilleur Journaliste en Ligne des Awards de la Presse Gabonaise Makongonio 2025


























