Libreville, le 17 octobre 2025- Sous les cieux lourds d’un pays où chaque parcelle de terre porte un nom, une histoire et parfois une blessure, la mouvance patriotique Gabonaise vient de lancer un appel vibrant : protéger le foncier national. Derrière cette initiative, se joue bien plus qu’un simple débat législatif. C’est un combat symbolique, moral et politique autour d’une question essentielle : à qui appartient la terre du Gabon ?
Dans la tradition gabonaise, la terre n’est pas seulement un bien matériel. Elle est la racine de l’identité, le témoin des ancêtres et le socle de la transmission.
Dans les villages de la Ngounié, du Woleu-Ntem ou de la Nyanga, on dit souvent :
“Celui qui perd sa terre perd sa voix dans le concert des vivants.”
Or, depuis plusieurs années, des plaintes montent des provinces comme une houle silencieuse : des familles entières spoliées, des terres vendues à des tiers étrangers, souvent avec la bénédiction tacite de fonctionnaires complices. Des terres coutumières deviennent subitement des titres fonciers modernes, effaçant d’un trait de plume des générations aux allures de rempart national
Le texte porté par la mouvance patriotique gabonaise entend mettre fin à cette spirale d’injustice. Il propose que la propriété foncière soit réservée exclusivement aux citoyens gabonais.
En d’autres termes, il s’agit de poser une digue juridique contre la dérive d’un foncier devenu “marchandise mondiale”.
Certains y voient un geste souverain, une façon de rappeler que le Gabon appartient d’abord à ses enfants. D’autres, plus prudents, redoutent une surenchère nationaliste susceptible d’alimenter la méfiance envers les communautés étrangères installées depuis plusieurs générations.
Mais au fond, cette loi touche à une question existentielle : celle de la propriété collective d’un destin national.
Sur le terrain, les tensions foncières sont déjà perceptibles. Dans certaines zones périurbaines de Libreville ou de Port-Gentil, des familles autochtones dénoncent des “expropriations silencieuses”, où des étrangers, grâce à des complicités dans les services du cadastre, parviennent à obtenir des titres fonciers en bonne et due forme sur des terrains habités depuis des décennies.
Le paradoxe est criant : des Gabonais deviennent “locataires” sur la terre de leurs aïeux.
Cette réalité nourrit un sentiment d’injustice et, parfois, de repli identitaire. La cohésion nationale, ciment fragile de la République, s’en trouve menacée. Le foncier devient alors une bombe à retardement sociale, prête à exploser à la moindre étincelle administrative.
La terre, au Gabon comme ailleurs en Afrique, n’est jamais neutre. Elle est le théâtre des ambitions, des trafics et des symboles.
Au Sénégal, au Cameroun, au Congo, des scandales similaires ont révélé les failles d’un système où le droit coutumier et le droit moderne cohabitent mal.
Le Gabon n’échappe pas à cette tension entre mémoire communautaire et logique administrative d’où le combat de la mouvance patriotique gabonais.
En réalité, cette loi pourrait devenir un test de sincérité politique :
Les députés oseront-ils prioriser les intérêts des citoyens face aux réseaux de spéculation ?
Le gouvernement ira-t-il jusqu’au bout de cette volonté de “reconquête territoriale” ?
Ce n’est pas seulement un texte, c’est un serment de fidélité à la nation que réclament aujourd’hui ceux qui ont vu leur sol disparaître sous leurs pieds.
“Protéger la terre, c’est protéger la paix”.
Car la terre, c’est la première frontière du vivre-ensemble.
Un pays qui perd le contrôle de son foncier perd la maîtrise de son avenir.
Si demain, les enfants du Gabon doivent quémander un lopin de terre pour construire leur maison, alors c’est tout l’édifice de la citoyenneté qui vacille.
L’appel de la mouvance patriotique gabonaise résonne donc comme un cri de dignité, une main posée sur le cœur du pays :
“Le sol du Gabon n’est pas à vendre. Il est à défendre.”
Encore faut-il que ce projet de loi ne reste pas un simple slogan patriotique.
Les beaux discours ne suffisent plus. Ce combat appelle des réformes structurelles, une purge dans les services du cadastre, et un renforcement du contrôle parlementaire sur toutes les opérations foncières.
Sinon, le Gabon risque de connaître le sort du palmier qui a poussé sur un sol meuble : il paraît solide, mais il s’effondre au premier coup de vent.
Il est temps de sortir du mutisme administratif et de la complaisance politique.
Protéger la terre gabonaise, c’est protéger la mémoire, préserver la justice et préparer la souveraineté.
Comme le dit un proverbe de Lambaréné:
“On ne prête pas la colline où dorment nos ancêtres.”
Le Gabon se trouve donc à un carrefour.
Et dans cette bataille du sol, chaque député, chaque citoyen, chaque institution doit choisir :
être gardien du patrimoine national ou spectateur de sa dilapidation.
Par Darlyck Ornel Angwe


























