Pendant plus d’un demi-siècle, le Gabon a entretenu une fable pétrolière digne des plus grands contes. L’Ogooué-Maritime serait l’unique vivier énergétique du pays. Il en serait le cœur battant de la rente nationale. Tout le reste ? Des figurants condamnés à applaudir en silence. Ainsi, cette fable a longtemps dicté la répartition de la manne pétrolière. Cette image a structuré le débat sur la rente.
Depuis plus de 50 ans, on répète que « le pétrole, c’est l’Ogooué-Maritime ». À tel point que l’administration a basculé la ville de Gamba dans l’Ogooué-Maritime. Pourtant, Gamba reste géographiquement rattachée à la Nyanga. Cette logique a un prix. Elle prive une province de ses ressources et nourrit l’absurde depuis des décennies. Les habitants de la Nyanga en ressentent chaque jour les conséquences réelles.
La Nyanga exploite, mais ne récolte rien
La Nyanga, pourtant assise sur des gisements offshore, en sait quelque chose. Elle exploite, mais ne récolte rien. Car pendant que les hydrocarbures s’extraient au large de Mayumba, la province demeure figée dans une pauvreté structurelle. Ainsi, la richesse du sous-sol passe devant les populations sans jamais s’arrêter chez elles. Au fil des décennies, ce constat n’a guère changé. Les pétroliers repartent, la pauvreté reste.
Le naufrage du Prospector 05 au large de Mayumba n’a pas seulement révélé une tragédie maritime. Il a aussi mis en lumière une injustice territoriale criante. En effet, les gisements offshore profitent à d’autres provinces. De plus, les habitants de Mayumba regardent passer la rente nationale sans en tirer le moindre bénéfice. Surtout, cette tragédie rappelle que la province porte les risques sans les profits.
Port-Gentil, la rente et le silence
Les retombées financières, elles, prennent le chemin de Port-Gentil. Le président s’est empressé de s’y rendre, au chevet des victimes. Cependant, la Nyanga reste sans réponse. Par ailleurs, la manne pétrolière continue de bénéficier aux mêmes territoires. Les populations de Mayumba, elles, restent à l’écart. Désormais, le contraste saute aux yeux de tous. Le chevet des victimes a mobilisé le président, mais pas la parole.
Ironie mordante : aucune explication, aucun compte rendu aux populations de Mayumba. C’est comme si leur sort relevait d’une autre République. Pourquoi ne pas annexer Mayumba elle aussi ? Au moins, ses habitants auraient une chance de goûter aux miettes de la manne pétrolière. Cette manne leur échappe depuis des décennies. Ce silence officiel alimente un sentiment d’abandon dans toute la province de la Nyanga.
Une gouvernance à réformer pour une vraie justice économique
Cette situation n’est pas seulement grotesque, elle est symptomatique d’une gouvernance qui confond redistribution avec favoritisme régional. Les nouvelles autorités veulent incarner une rupture. Dès lors, elles doivent mettre fin à ce théâtre de l’ombre. En outre, elles doivent regarder la Nyanga autrement. Le favoritisme régional ne construit pas l’unité du pays. Au contraire, il creuse les écarts entre provinces. Cette dérive dure trop longtemps.
Les ressources exploitées dans chaque province doivent servir au développement de celle-ci. Elles ne doivent pas alimenter un monopole territorial qui entretient rancunes et fractures nationales. Il est urgent que cesse cette mascarade vieille de cinquante ans. La Nyanga n’a pas besoin de compassion, mais de justice économique. À défaut, les discours sur l’équité resteront des slogans creux. Il est temps d’agir pour de bon.












































