Au Gabon, l’acquisition annoncée de nouveaux hélicoptères militaires replace Mahamadou Bonkoungou au centre des cercles du pouvoir. Selon Africa Intelligence, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a mandaté le magnat burkinabè pour se procurer des appareils de type Mil Mi-35M, actuellement stationnés au Pakistan. Une opération présentée comme stratégique, mais qui soulève interrogations et réserves au sein de l’appareil sécuritaire gabonais.
Mi-décembre, une délégation gabonaise s’est rendue à Islamabad afin de « finaliser une acquisition devenue prioritaire ». Initialement, Libreville comptait réceptionner deux à quatre hélicoptères dès août 2025. Or, comme le souligne Africa Intelligence, « les appareils promis n’étaient déjà plus disponibles », conséquence directe de la raréfaction des équipements russes depuis la guerre en Ukraine.
Après cet échec, Mahamadou Bonkoungou a réorienté le dossier vers le Pakistan, qui exploite depuis 2018 une flotte dej Mi-35M achetée à Moscou. L’objectif affiché est double : « sécuriser les déplacements du chef de l’État » et renforcer la lutte contre la contrebande dans les zones forestières. Mais cette option est loin de convaincre l’état-major des Forces armées gabonaises.
D’après des documents consultés par Africa Intelligence, les militaires évoquent une série de « risques majeurs ». La maintenance des Mi-35 dépend exclusivement de la société russe National Aviation Service Co, placée sous sanctions américaines depuis janvier 2023. Cette dépendance technique est jugée problématique, d’autant plus que les appareils devront être remis à niveau avant 2026 pour cause d’usure avancée. Le coût de cette opération est estimé à 16 millions de dollars pour deux hélicoptères.

À ces contraintes s’ajoute l’absence de pilotes gabonais qualifiés sur Mi-35. Là encore, l’armée devrait « s’en remettre aux équipes de Nasc » pour assurer la formation, renforçant une dépendance étrangère que certains officiers jugent incompatible avec la doctrine de souveraineté affichée par le régime.
Sur le plan politique, cette affaire illustre la proximité entre Mahamadou Bonkoungou et Brice Clotaire Oligui Nguema. Patron du groupe Ebomaf, l’homme d’affaires burkinabè a considérablement renforcé sa présence au Gabon depuis le coup d’État d’août 2023, notamment dans le BTP. Il a également mis à disposition du président « deux avions pour la campagne électorale » via sa filiale Liza Transport International, rappelle Africa Intelligence.
Contraint de déplacer une partie de ses activités hors du Burkina Faso après des tensions avec le capitaine Ibrahim Traoré, Mahamadou Bonkoungou a trouvé à Libreville un terrain favorable. Ce repositionnement fait aujourd’hui de lui « un intermédiaire clé du pouvoir gabonais », dont l’influence, comme le montre le dossier des hélicoptères, continue de susciter autant d’intérêts que de controverses.

























