Le 13 mai 2026, le quotidien britannique The Guardian a consacré un long reportage au Gabon. Son titre est sans équivoque : « Un mépris flagrant des droits : l’inquiétude grandit face à la répression des réseaux sociaux. » Ce texte ne passe pas inaperçu. Il s’inscrit dans un contexte de dégradation visible de l’image internationale du pays.
À l’origine du reportage du journal britannique : la suspension indéfinie, en février dernier, de Facebook, TikTok, Instagram et d’autres plateformes par la Haute autorité de la communication. Ce geste avait alors suscité une vive inquiétude au sein de la société civile gabonaise. Le journal britannique y ajoute un élément peu documenté localement : des membres de la gendarmerie auraient contrôlé les téléphones aux checkpoints de Libreville. Les appareils portant un VPN auraient été confisqués. Leurs propriétaires auraient été interpellés. L’information, difficilement circulable en pleine coupure des réseaux, aurait néanmoins filtré.
Levée partielle, nouvelles contraintes, textes controversés
En avril, les restrictions ont été temporairement levées. Toutefois, cette accalmie n’est pas sans condition. Désormais, les utilisateurs de réseaux sociaux doivent fournir noms vérifiés, adresses et numéros d’identification. Les plateformes non conformes risquent des amendes de 50 millions de francs CFA et des peines d’emprisonnement.
Par ailleurs, The Guardian élargit son analyse au-delà du numérique. Il souligne l’adoption d’un nouveau code de la nationalité, signé en février et publié le mois suivant. Ce texte est présenté comme une mesure restreignant les droits des citoyens naturalisés. Il faciliterait également la déchéance de nationalité.
Face aux critiques, le porte-parole du gouvernement, Charles Edgard Mombo, invoque l’article 99 de la Constitution. Il estime que les débats portent davantage sur la forme que sur le fond. Le journal cite aussi l’arrestation en avril de l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze. Ce dernier avait déposé un recours judiciaire contre la suspension des réseaux sociaux. Ses partisans dénoncent une manœuvre d’intimidation.
La voix des dissidents et la question qui dérange
Au cœur du reportage figure Nelly Ngabima, activiste gabonaise exilée en France. Ancienne agente du renseignement entre 2015 et 2019, elle affirme avoir été menacée par des officiels gabonais. Ses comptes, qui totalisaient plus de 300 000 abonnés, ont été suspendus. Son témoignage illustre, selon elle, la capacité du régime à surveiller et cibler ses opposants.
C’est sur ce fond que The Guardian pose la question centrale du reportage. Brice Oligui Nguema, élu président en 2025 avec plus de 90 % des voix lors d’un scrutin ouvert à la presse étrangère, reproduit-il les méthodes de ses prédécesseurs ? Une voix citée dans l’article tranche sans détour : « Rien n’a changé. » Cette phrase lapidaire résonne comme un verdict.
Elle dit l’espoir immense né du coup d’État d’août 2023. Elle dit aussi la désillusion qui, pour certains, lui succède. Le journal britannique ne tranche pas. Il documente, laisse les faits parler, mais le message est clair : le regard du monde est posé sur Libreville.






















