Antananarivo, 17 octobre 2025 — Sous un ciel chargé de symboles, Madagascar a tourné une page de son histoire. Le colonel Michael Randrianirina, figure charismatique de l’armée, a été investi « président de la refondation » lors d’une sobre cérémonie à la Haute Cour constitutionnelle. Trois jours seulement après la destitution du président Andry Rajoelina, la Grande Île change de cap, portée par le tumulte d’un peuple en ébullition.
L’image du colonel prêtant serment, costume sombre sur blindé d’acier, résume à elle seule le paradoxe d’une nation : la volonté de civilité au cœur d’un contexte militaire. Le nouveau chef d’État, jadis celui qui refusait « d’être payé pour tirer sur nos frères », s’avance désormais en artisan du renouveau. Décoré de la Grand-Croix de l’Ordre national, il promet de « bâtir la République sur les ruines du désordre ».
Dans son premier discours, Randrianirina a convoqué l’âme d’un peuple fatigué mais debout : « Soixante-cinq ans après l’indépendance, notre pays reste prisonnier de la pauvreté. Cette jeunesse spoliée réclame justice et lumière. » Les mots, vibrants comme un tambour de guerre, ont résonné jusque dans les ruelles d’Antananarivo, où les manifestants de la Génération Z voient en lui le porte-voix d’un espoir longtemps étouffé.
Fustigeant un « régime autoritaire » qui aurait plongé la nation « dans l’obscurité des abus », le colonel Michael Randrianirina a juré de « travailler avec toutes les forces vives » et d’instaurer une « rupture avec le passé ». Derrière ces formules, le peuple espère une véritable métamorphose, et non un simple changement de costume au sommet de l’État.
La cérémonie, tenue pour la première fois dans l’enceinte de la HCC, a voulu se faire symbole de sobriété et de légitimité. Loin des stades bondés, c’est entre marbre et silence que le pouvoir a changé de mains. Parmi les invités, les ambassadeurs étrangers observaient, prudents, ce nouveau chapitre s’écrire sous leurs yeux.
Sur les pavés de la capitale, quelques jeunes brandissaient encore des pancartes : « Pas de refondation sans justice. » Le vent de la jeunesse souffle fort, et le colonel Michel Randrianirina le sait : pour refonder Madagascar, il lui faudra dompter la tempête sans éteindre la flamme.

























