Dans une tribune libre de Haitham Al Ghais, Secrétaire général de l’OPEP, parvenue à la Rédaction de Gabon Mail Infos, intitulé les emplois comptent. Le pétrolier fait une analyse de l’importance des emplois dans l’industrie pétrolière. Lecture !
L’emploi ne se résume guère à des statistiques. Un poste du travail n’est pas juste un chiffre anonyme sur une feuille de calcul. Derrière chaque emploi, il y a une personne, un moyen de subsistance, une histoire unique. Cela représente un individu, souvent un soutien de famille, qui s’efforce de répondre aux besoins de ses proches, de fournir nourriture et logement. Les emplois jouent un rôle crucial dans l’éducation des enfants et la préparation à la retraite. Ils sont également une source de satisfaction personnelle et d’épanouissement, contribuant au renforcement des communautés et au développement de l’esprit collectif. En somme, le travail est essentiel pour préserver la dignité humaine.
Dans ce contexte, l’industrie pétrolière et gazière joue un rôle significatif dans l’emploi à l’échelle mondiale. En termes d’emploi direct, l’industrie recrute des employés hautement qualifiés et spécialisés, ayant un impact qui s’étend bien au-delà. Pour les économies locales et nationales, elle présente un effet de levier important, générant des opportunités pour un large éventail d’entreprises, incluant diverses parties de la chaîne d’approvisionnement manufacturière, les entreprises de transport, hôtels, restaurants et magasins. Au total, l’industrie pétrolière englobe environ 70 millions d’emplois dans le monde.
Le caractère local de l’industrie constitue l’une de ses caractéristiques permanentes. Il se trouve partout dans le monde des régions et des villes, même des villages et des communautés où l’industrie pétrolière est le principal employeur. Elle est également considérée comme le moteur de développement économique abritant des plateformes de forage, des raffineries et des universités dans le domaine pétrolier, représentant une source de fierté civique et locale. Des « villes pétrolières » existent dans les quatre coins du globe, par exemple Midland au Texas, Aberdeen en Écosse, Dhahran en Arabie Saoudite, Port Harcourt au Nigeria, et Ahmadi dans mon pays d’origine, le Koweït, pour n’en nommer que quelques-unes.
Ainsi, il est inquiétant d’entendre parler de l’industrie pétrolière confrontée à une « crise de recrutement », à une pénurie imminente de main-d’œuvre, à une dissuasion de la nouvelle génération de poursuivre une carrière dans ce domaine, ainsi qu’à une diminution des spécialités liées au secteur pétrolier enseignées dans les universités.
Il est bien entendu qu’une série d’éléments peuvent être à l’origine de cette perception, notamment l’impression selon laquelle l’industrie n’est plus une option d’emploi viable à long terme, motivée par l’idée erronée que le pétrole ne ferait pas partie d’un avenir énergétique durable. Cette situation a été exacerbée par la référence à des scenarios de «net-zero » préconisés par certains acteurs de l’énergie qui prévoient des pertes d’emplois et des licenciements massifs dans l’industrie.

Dans sa « Feuille de Route Net-Zero », mise à jour en 2023, l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) prévoit que, entre 2022 et 2030, 13 millions d’emplois seront perdus dans les industries liées aux combustibles fossiles, i.e., 13 millions d’emplois perdus sur une période de huit ans, soit environ 1,6 million d’emplois perdus chaque année, 135 000 par mois ou 4 500 par jour.
L’argument avancé est que de nouveaux emplois seront créés dans des industries alternatives. Cependant, cette thèse présentera d’innombrables défis, notamment la faisabilité de transférer les compétences professionnelles.
En effet, le dernier rapport de l’AIE sur l’emploi mondial dans l’énergie indique : « Il y a des limites à la transférabilité des compétences vers les secteurs de l’énergie propre. Tous les emplois dans l’énergie propre qui seront créés ne seront pas co-localisés ou ne requerront pas les mêmes compétences que ceux qui sont perdus. Les employés en fin de carrière pourraient également être réticents à changer d’industrie car ils gagnent probablement plus dans le pétrole et le gaz que les salaires offerts dans la plupart des secteurs de l’énergie propre : les employés du pétrole et du gaz sont parmi les travailleurs les mieux payés par rapport aux autres secteurs grâce à leur haut niveau de qualification, une représentation des travailleurs bien établie, et une compensation des risques professionnels et des exigences de mobilité.»
L’AIE a envoyé des signaux contradictoires concernant les besoins en main-d’œuvre dans le futur proche, en particulier dans le secteur du pétrole et du gaz. Environ une année avant que l’AIE ne lance son scénario d’Émissions Net Zero en 2021, le Directeur Exécutif de l’AIE a déclaré, dans une interview accordée à l’Agence Anadolu, « Ma principale préoccupation est qu’il y a des millions de personnes dans le monde qui travaillent dans le pétrole et dans des secteurs connexes. Les industries du gaz naturel et du pétrole sont également des piliers solides pour l’économie mondiale. Si ces industries s’effondrent, elles auront un impact négatif sur l’économie mondiale également. »
Dans le scénario Net Zero de l’AIE, récemment exploité par certains décideurs, le secteur du pétrole et du gaz subit une baisse de plus de 2,5 millions d’emplois, soit environ 20 %, d’ici 2030.
Les pertes massives d’emploi, envisagées par le Net Zero de l’AIE, sont pendus comme ‘’une épée de Damoclès’’ au-dessus des travailleurs de l’industrie du pétrole et du gaz à l’échelle mondiale.
De plus, l’impact des licenciements massifs ou de la fermeture de certaines industries ne se limite pas à la sphère économique, cela peut également affecter l’harmonie sociale. Il y a suffisamment d’exemples passés de communautés ayant du mal à se reconstruire après la fermeture forcée d’une certaine industrie.
Au sein de l’OPEP, nous transmettons un message clair et cohérent concernant les emplois dans l’industrie pétrolière : le monde en aura besoin davantage ! Nous prévoyons que la demande de pétrole atteindra 116 millions de barils par jour d’ici 2045, et pour y répondre, y compris dans le domaine du développement de technologies de réduction des émissions, nous aurons besoin de plus de travailleurs. »
À tous les travailleurs de l’industrie pétrolière à travers le monde, au nom de l’OPEP, je vous remercie pour votre contribution à la mise à disposition de cette ressource vitale et ses produits dérivés à des milliards de personnes dans le monde.
Enfin, à tous les chercheurs d’emploi – de toutes générations – je vous encourage à envisager une carrière dans l’industrie pétrolière. C’est un domaine offrant d’innombrables opportunités pour l’épanouissement professionnel et un élément essentiel pour fournir de l’énergie au monde.


























