Le 28 janvier 2025, devant un parterre de membres du Gouvernement de la Transition, d’Inspecteurs généraux des Services et leurs adjoints, de Secrétaires généraux de ministère et leurs adjoints, le Premier ministre Raymond Ndong Sima rappelait aux bons souvenirs de ces hauts cadres de l’Administration publique, les principaux objectifs qui leur sont assignés en tant qu’entités faîtières du bras séculier de l’État, à savoir : superviser et coordonner l’activité de l’administration, veiller à son fonctionnement optimal à travers la mise en place de règles, normes et procédures visant l’efficacité de l’action publique.
Si l’on peut se réjouir du recadrage du Chef du gouvernement, nous devons toutefois relever que cette initiative aurait trouvé tout son sens, dans un contexte de restauration des Institutions, si elle était intervenue dans les premiers moments de la Transition, et non à deux mois d’un scrutin présidentiel qui sonnera le glas de la période transitionnelle. La volonté du Premier ministre de remise en ordre des fondamentaux de l’administration publique en fin de processus transitionnel reflète toute la difficulté de l’élite gabonaise à identifier ce qui est essentiel et hiérarchiser les priorités.
Héritière de l’armée romaine dans son organisation et ses principes, l’administration est, à l’image de l’armée romaine qui a fait la grandeur de Rome grâce à ses conquêtes territoriales, la pierre angulaire de l’action publique en ce qu’il lui revient de préparer et donner corps aux mesures gouvernementales. Pourtant, dans la plupart des pays africains, l’administration est perçue comme une variable d’ajustement qui sert à caser parents, amis et connaissances aux profils et qualifications inadaptés au marché du travail, ainsi qu’à offrir des prébendes à toutes sortes d’individus aux parcours parfois douteux. C’est là une part de l’héritage colonial.
En effet, selon Jamil Jreisat, l’administration coloniale a construit une fonction publique au service des politiques impériales en Afrique. La fonction publique s’occupait essentiellement au départ de la perception des recettes et du maintien de l’ordre ; elle était dépourvue de structure institutionnelle ou de tradition de compétence professionnelle. Malgré leur soi-disant bienveillance, les applications des notions administratives eurocentriques à la scène africaine étaient globalement despotiques, discriminatoires et abusives. Confrontés à leurs nouvelles responsabilités en matière de développement national, les dirigeants au pouvoir dans les États africains, généralement peu préparés ou insuffisamment qualifiés, ont souvent été brusquement propulsés dans une phase complexe et tumultueuse de l’Histoire de leurs pays.
Beaucoup d’États africains sont encore victimes d’une crise de gouvernance qui suscite de nombreux dilemmes (légitimité de la gouvernance, compétence institutionnelle et éthique du leadership et de la gestion). Toutefois, à l’heure où les nouvelles autorités du pays manifestent la volonté de se doter d’une administration républicaine et efficace, ainsi que de lutter contre une corruption endémique au sein de l’appareil d’État, nous ne pouvons continuer de nous abriter douillettement derrière le prétexte de l’héritage colonial en nous défaussant de nos responsabilités sur le passé. En effet, des solutions existent pour redonner à notre administration un lustre qui s’étiole davantage depuis 2009. L’enjeu est triple.
En premier lieu, l’administration doit optimiser ses besoins en ressources humaines. Cela suppose qu’elle recrute strictement et uniquement les personnes qui disposent de qualifications répondant à ses besoins, en privilégiant les concours comme modalité de recrutement. Le recours aux recrutements directs a trop souvent été utilisé pour ouvrir les portes de l’administration au tout-venant sans que cela ne se traduise par plus d’efficacité. Dans la période 2020-2022, on estime que 10 à 12% de la population active du Gabon travaillait dans le secteur public, contre 5 à 7% pour le Cameroun. Pourtant, ce pays voisin ne paraît pas moins administré que le Gabon. La nécessaire cohérence dans la gouvernance des ressources humaines exige que tous les outils et instruments de gestion active, proactive et prévisionnelle des ressources humaines soient centralisés au niveau des Directions centrales des ressources humaines (DCRH) placées sous l’autorité des Secrétaires généraux. Cette gouvernance des ressources humaines doit désormais se faire dans le cadre d’un système d’information intégré.
En second lieu, le Secrétaire général de ministère doit être placé au cœur du jeu administratif, tel le n°10 d’une équipe de football. Dans cette perspective, le décret n°376 du 26 mai 2020 portant attributions de la fonction de Secrétaire doit être revisité dans un sens qui clarifie, détaille le champ de compétences du Secrétaire général. La révision souhaitable dudit décret prendrait en compte la nécessaire implication du Secrétaire Général dans le dialogue sur les nominations, sans préjudice du pouvoir discrétionnaire de nomination reconnu au président de la République. Comment comprendre que l’on ait la responsabilité de la mise en œuvre d’un dispositif d’évaluation des personnels mais que l’on soit court-cuité dans le processus de nomination ? Cette pleine prise en compte du Secrétaire général dans l’évaluation des performances des agents a vocation à minimiser le risque d’erreurs de casting trop souvent observées dans le choix des hommes.
En dernier lieu, le Secrétariat général et l’Inspection générale des Services doivent disposer des moyens nécessaires à leur action. A cet égard, le Gouvernement doit s’assurer que lesdites entités disposent de ressources financières et matérielles adéquates. Avec la modestie des crédits budgétaires qui leur sont généralement alloués, il n’est pas réaliste de s’attendre à ce que les Inspections générales des Services délivrent les produits que le gouvernement et les citoyens attendent légitimement d’elles.
L’habit ne fait pas le moine, mais on reconnaît le moine à son habit. Si l’on en croit cet adage, il sera difficile de reconnaitre les secrétaires généraux et les inspecteurs généraux des services dans un échantillon représentatif d’agents publics, tant ceux-ci sont rarement logés à une enseigne qui reflète le prestige de leurs fonctions. Nous n’en dirions pas plus, car les faits en la matière sont saillants.
L’initiative du Premier Ministre ne devrait pas se limiter uniquement à l’administration publique centrale, elle doit s’étendre aux démembrements de celui-ci car les maux par lui décrits y ont également droit de cité ; et cela n’est pas pour le grand bien du rayonnement du pays.
A l’ère de l’essor de notre pays vers la félicité, l’heure est résolument venue de restaurer la dignité des fonctions de secrétaire général et d’inspecteur général des services des ministère et dans les démembrements de l’Etat.
Par Roland OLOUBA OYABI, Directeur de Publication de Gabon Mail infos, diplômé de l’École supérieure de Journalisme de Lille et de l’Université de Lille puis diplômé en Management des organisations de l’Université de Johannesburg


























