Gabon – Il y a quinze ans, le Gabon prenait une décision audacieuse qui résonne aujourd’hui comme une stratégie visionnaire : interdire l’exportation des grumes brutes. Cette mesure, loin d’être une simple restriction, a initié une véritable transformation de l’économie forestière gabonaise, positionnant le pays comme un modèle d’économie verte en Afrique. Les experts, réunis lors d’un webinaire récent organisé par le PANCANR et l’EIA, saluent unanimement cette initiative qui, dès 2010, a parié sur la transformation locale du bois.
Les bénéfices de cette politique sont aujourd’hui incontestables et multiples. Sur le plan économique, le Produit Intérieur Brut (PIB) du secteur forestier a doublé en quatorze ans, passant de 9 000 à 15 000 emplois directs créés. Cette croissance témoigne de la montée en puissance des industries locales de transformation du bois, qui valorisent désormais la matière première gabonaise avant son exportation, principalement vers l’Asie (56 %), l’Inde (14 %) et l’Europe. Ce dynamisme industriel illustre parfaitement la vitalité de l’économie verte, qui allie performance économique et durabilité environnementale.
Au-delà des chiffres économiques, la protection de l’environnement a également été un gain majeur. Grâce à une gestion plus rigoureuse des coupes et à la valorisation locale, plus de 2 500 km² de forêts ont été préservés. Si la mesure s’est initialement traduite par une perte fiscale estimée à 75 milliards de FCFA, celle-ci a été rapidement compensée par les retombées de l’industrialisation, la mise en place d’une traçabilité numérique du bois et le renforcement des contrôles portuaires. Ce modèle novateur s’impose aujourd’hui comme une référence pour l’économie verte africaine, fondée sur la durabilité et la souveraineté.
Le Gabon a ainsi démontré qu’il était possible d’allier la protection de sa riche biodiversité à la création de valeur ajoutée locale. Cette approche souveraine et moderne de la gestion forestière inspire désormais d’autres pays de la CEMAC et la RDC. Le Gabon, par sa détermination, confirme son rôle de précurseur dans la construction d’une économie forestière durable et prospère.
Par Yann Yorick Manfoumbi


























