Alors que la grève des enseignants continue de secouer l’Éducation nationale, la question de la protection des apprenants reste au centre des préoccupations. Malgré les tensions, le dialogue n’a jamais été totalement rompu : concertations, propositions et négociations ont permis d’aboutir à deux protocoles d’accord. Mais le texte décisif, le « Protocole d’accord consolidé », censé acter la suspension du mouvement, demeure en suspens avec l’audit des vacations.
Le point de friction se concentre sur l’article 6 du projet. Celui-ci conditionne l’application des engagements du gouvernement à la réalisation d’un audit du fichier matricule, des vacations et à l’arrêt du paiement des vacations comportant des doublons. Une exigence qui, dans un climat social déjà tendu, est perçue par certains comme une remise en cause des acquis, mais par d’autres comme une garantie indispensable de transparence et de justice.
L’État a mobilisé 13 milliards de fcfa pour le paiement des vacations. Pourtant, des anomalies majeures ont été relevées. La réglementation est claire : un enseignant ne peut corriger plus de 300 copies, rémunérées à 5 000 fcfa pour trois copies, soit environ 1 666 fcfa par copie. Le montant maximal légal ne devrait donc pas dépasser 500 000 fcfa. Or, des vérifications ont révélé des dépassements inquiétants.
Les soupçons sont lourds : paiements en doublon, bénéficiaires fictifs, voire des agents décédés toujours rémunérés. Si l’audit des vacations est mené à terme, il pourrait mettre en lumière un système profondément vicié, contraignant certaines institutions et personnalités à justifier des montants perçus lors des examens nationaux.
Le patriotisme commande de protéger les ressources publiques et de garantir l’équité dans la rémunération des enseignants. Mais la réalité impose un dilemme : comment concilier l’exigence de transparence avec la nécessité de préserver la paix sociale et de sauver l’année scolaire ?
Un audit rigoureux renforcerait la confiance des citoyens dans l’État et assainirait la gestion des finances publiques. Mais il risque aussi de rallumer les braises de la contestation, en exposant des pratiques qui pourraient fragiliser certaines institutions.
Un nouveau calendrier scolaire a été élaboré pour éviter une année blanche. Pourtant, tant que l’audit des vacations reste une ligne rouge, le processus demeure incertain. La nation se trouve face à une équation délicate : protéger les apprenants, garantir la transparence et maintenir la stabilité sociale.
Dans ce bras de fer, l’avenir de milliers d’élèves est en jeu. La responsabilité collective impose de dépasser les intérêts particuliers pour privilégier l’intérêt supérieur de la nation. Car au-delà des chiffres et des protocoles, c’est la crédibilité du système éducatif et la confiance des citoyens dans leurs institutions qui se jouent.


























