Depuis sa récente ascension au rang de Ministre d’État en charge de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, Henri-Claude Oyima est confronté à une interpellation majeure, presque existentielle : comment prétendre gouverner la macroéconomie d’un État, quand on n’a su, en quarante ans, léguer les rênes d’une entreprise à un successeur légitime ? L’homme, souvent encensé comme un titan bancaire, se découvre soudain les pieds d’argile d’un dirigeant sans relève.
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Sa réponse, aussi métaphorique que révélatrice — « On ne saute pas d’un avion en plein vol. Il faut amorcer un atterrissage progressif, maîtrisé » — sonne moins comme une justification que comme l’aveu implicite d’une carence : celle d’un capitaine de navire qui, malgré la longévité de son commandement, n’a jamais formé de second pour reprendre la barre.
Les figures de style abondent dans son discours, certes. Mais à force de métaphores aéronautiques, Henri-Claude Oyima révèle peut-être malgré lui une vision autocratique de la gouvernance : celle d’un homme seul dans le cockpit. Et s’il ne quitte pas « une maison qu’il a bâtie depuis 40 ans du jour au lendemain », c’est peut-être parce qu’il n’a jamais songé à y faire pousser une nouvelle génération de bâtisseurs.
Le véritable leadership ne se mesure pas à la durée d’un règne, mais à sa capacité à survivre à celui qui l’incarne. L’exemple de Mahamadou Issoufou, président nigérien respecté, l’illustre avec justesse : « Je n’ai pas cette arrogance de penser que je suis un homme providentiel irremplaçable », déclarait-il, avant de céder sa place dans la sérénité d’une succession préparée.
Henri-Claude Oyima, quant à lui, semble prisonnier du syndrome du fondateur, cet enfermement psychologique dans lequel l’œuvre bâtie devient indissociable de l’identité de son auteur. Pourtant, dans une organisation mature, la transmission du pouvoir n’est pas un accident, mais une œuvre méthodique. À BGFIBank, cette mécanique semble avoir été négligée, voire ignorée.
Ses propos, qui soulignent la dépendance des clients et collaborateurs à sa seule personne, relèvent d’un culte de l’homme fort — un héritage managérial que l’Afrique tente péniblement de dépasser. Loin d’être un signe de loyauté, cette dépendance est le symptôme d’une gouvernance patrimoniale où l’institution ne prévaut jamais sur l’individu.
À l’heure où il se retrouve à la tête d’un ministère stratégique, une question demeure : peut-on piloter l’économie d’un pays quand on a échoué à mettre en place une simple succession dans une entreprise ? À défaut de bâtir des institutions durables, Henri-Claude Oyima semble avoir sculpté son trône dans du sable. Le vent de l’histoire, inévitable, finira par l’emporter.

























