Sous les ors de la République gabonaise, les mots devraient être des instruments d’équilibre. Mais Gervais Oniane, lui, préfère le marteau à la plume. Haut Représentant Personnel du Président, il s’est mué, le temps d’une diatribe publique, en porte-voix d’une vulgarité sans rivage. À Libreville, la stupeur a traversé les écrans : dans une vidéo devenue virale, celui qui se dit « plus que Ministre » a insulté, moqué et humilié la Ministre d’État Camélia Ntoutoume Leclercq, dans un élan d’orgueil aussi sonore qu’indécent. « Le Président inaugure des travaux à Meyang, je suis avec le Président à Meyang, et cette petite fille-là elle a le culot de me dire à moi, Haut Représentant Personnel du Chef de l’État, parce que le ventre est plein de je ne sais pas trop quoi… », tonne-t-il, comme un bateleur de foire ivre de lui-même.
Cette sortie n’a pas seulement blessé les mots : elle a déchiré la décence. Oniane, censé être le reflet de la présidence, s’est transformé en caricature de pouvoir. Là où l’on attendait la retenue du diplomate, il a offert le verbe du comptoir ; là où l’on espérait la hauteur, il a donné le gouffre. « Tu es Ministre, c’est bien, même Ministre d’État c’est bien, mais Haut Représentant c’est plus que Ministre. Haut Représentant Personnel c’est comme Vice-président de la République », a-t-il ajouté, persuadé d’incarner une hiérarchie que la Constitution ignore. Le pouvoir, chez lui, semble s’être métamorphosé en miroir déformant, où la fonction s’éclipse derrière l’ego.
La bassesse du langage de Gervais Oniane n’est pas un simple écart de conduite : elle est le symptôme d’un poison institutionnel. Quand le Haut Représentant parle comme un homme de rue, c’est la parole du Chef de l’État qui s’en trouve éclaboussée. Derrière l’arrogance, perce une menace sourde : celle d’un collaborateur dont l’insolence ronge l’autorité qu’il prétend servir. En se drapant dans un costume de Vice-président imaginaire, Oniane a franchi une ligne rouge, confondant délégation et usurpation symbolique. Il ne représente plus le Président, il le fragilise.
Car ce tumulte ne ternit pas seulement la réputation d’un homme : il sème le doute sur la solidité du cercle présidentiel. Comment Brice Clotaire Oligui Nguema, artisan d’une rigueur nouvelle, peut-il tolérer que son émissaire abaisse ainsi la parole publique ? Chaque mot de Gervais Oniane résonne comme un écho dissonant dans la symphonie républicaine. L’institution, déjà fragile, chancelle sous le poids de cette incohérence. À trop se croire indispensable, Oniane devient dangereux, non par la force de son influence, mais par la faiblesse de son discernement.
La République, en vérité, n’a pas besoin de mégaphones, mais de gardiens du verbe. Gervais Oniane, en souillant sa fonction, a sali l’image du pouvoir qu’il devait protéger. Si le Président veut préserver son autorité et la cohérence de l’État, il devra trancher : un représentant qui abaisse le sommet ne peut en demeurer le visage. Car un arbre malade finit toujours par contaminer la forêt


























