Le chantier de la route Mebo’o, censé relier le Gabon à la Guinée équatoriale sur une distance de 4 kilomètres, est aujourd’hui le symbole criant d’un manque de rigueur institutionnelle. Lancé en grande pompe au début de la Transition par le président Brice Clotaire Oligui Nguema, ce projet d’intégration régionale piétine dangereusement, sans explication officielle ni calendrier clair.
Sur le terrain, les populations du district de Meyo-Kyé assistent, impuissantes, à l’immobilisme du chantier. Le contraste est saisissant : du côté équato-guinéen, la route est achevée et fonctionnelle. Côté gabonais, les engins sont absents, les ouvriers invisibles, et les promesses s’évaporent dans le silence des autorités.
Le 2 novembre dernier, le ministre des Eaux et forêts, Maurice Ntossui Allogo, accompagné du chef de subdivision des travaux publics de Bitam, Yannick Walter Ondounda Youndji, s’est rendu sur le site. Une visite qui, loin de rassurer, a mis en lumière l’absence de coordination entre les ministères concernés et le flou total autour du maître d’œuvre du chantier
Mebo’o. Aucun responsable n’a été en mesure d’expliquer les raisons du blocage, ni de fournir un échéancier de reprise.
Ce projet, pourtant vital pour le désenclavement de la zone dite des « Trois Frontières » (Gabon, Cameroun, Guinée équatoriale), devait favoriser les échanges commerciaux, renforcer la coopération régionale et améliorer la mobilité des populations. Son enlisement révèle une gestion approximative des infrastructures stratégiques et une incapacité chronique à suivre les engagements pris.
À l’heure où le Gabon affiche ses ambitions de modernisation et d’ouverture, l’abandon du chantier de Mebo’o interroge : comment un projet aussi structurant peut-il sombrer dans l’oubli sans réaction politique ? Les populations locales, elles, attendent des actes, pas des visites protocolaires.
Ce tronçon de 4 km, devenu le mètre étalon du laxisme administratif, mérite mieux qu’un silence embarrassé. Il exige transparence, responsabilité et relance immédiate.


























