Au Gabon, une décision présidentielle vient de bouleverser un pan discret mais stratégique de l’appareil sécuritaire. Selon les révélations du média spécialisé Africa Intelligence, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a mis fin au contrat du technicien français Jean-Charles Solon, considéré depuis plus d’une décennie comme le véritable maître d’œuvre du système d’écoutes rattaché à la présidence. Cette structure d’interception, connue sous l’acronyme Silam, constitue l’un des instruments les plus sensibles du renseignement gabonais.
Le Silam, l’oreille invisible de la présidence gabonaise, change de main pour la première fois
Le Silam, créé dans les années 1980 sous l’impulsion du président Omar Bongo avec l’appui technique de la Direction générale de la sécurité extérieure, a longtemps fonctionné comme un dispositif hybride. « Structure gabonaise mais pilotée pendant des années par une expertise française », note Africa Intelligence, ce centre d’interception concentre les données les plus sensibles relatives aux communications téléphoniques et électroniques.
Pendant treize ans, Jean-Charles Solon, ancien cadre technique de la DGSE, en a assuré la supervision opérationnelle. Sa mission consistait notamment à sélectionner les équipements d’interception et à intégrer différentes « briques technologiques » permettant d’optimiser la surveillance stratégique. Mais le 10 mars dernier, le chef de l’État l’a convoqué au palais présidentiel avant de lui signifier officiellement la fin de ses fonctions.
Le général Gnamankala : premier Gabonais aux commandes du renseignement présidentiel
Pour lui succéder, Brice Clotaire Oligui Nguema a choisi le général Bernard Gnamankala, figure respectée du renseignement national et ancien patron de la Direction générale de la documentation et de l’immigration. Ce choix marque un tournant historique. « Pour la première fois, le système d’écoutes de la présidence sera dirigé par un Gabonais », souligne Africa Intelligence. Le nouveau responsable est réputé proche de plusieurs réseaux sécuritaires internationaux, notamment français.
Cette nomination s’inscrit dans une réorganisation plus large du dispositif de sécurité voulu par le chef de l’État. Unique destinataire des rapports du Silam, le président entend reprendre la main sur un outil longtemps associé à la coopération franco-gabonaise. « La décision marque une rupture symbolique avec une tradition singulière de la coopération en matière de renseignement technique », analyse Africa Intelligence.
Sous la présidence d’Ali Bongo, l’existence de cette structure atypique avait déjà suscité des tensions internes. Une partie de l’entourage présidentiel redoutait alors que certaines communications sensibles puissent être interceptées ou analysées hors du contrôle direct des autorités gabonaises. « Plusieurs responsables plaidaient pour la création d’outils souverains afin de réduire la dépendance technique vis-à-vis de la France », rappelle Africa Intelligence.
L’arrivée du général Gnamankala pourrait ainsi symboliser une nouvelle étape dans la souveraineté du renseignement gabonais. Tout en maintenant des relations étroites avec ses partenaires traditionnels, Libreville cherche désormais à diversifier ses alliances stratégiques. Le pouvoir entend notamment renforcer sa coopération avec de nouveaux acteurs internationaux, dans une logique diplomatique plus équilibrée.
Entre Macron, les Émirats et un multilatéralisme pragmatique : Libreville redessine ses alliances
Dans cette perspective, le président Oligui Nguema multiplie les initiatives diplomatiques. Après avoir reçu le président français Emmanuel Macron à Libreville, il s’est également rapproché des Émirats arabes unis et de leur dirigeant Mohamed bin Zayed Al Nahyan. « Le Gabon cherche à affiner un multilatéralisme pragmatique dans les domaines économique et sécuritaire », observe Africa Intelligence. Le changement à la tête du Silam apparaît ainsi comme le symbole discret d’une recomposition stratégique. Une évolution qui confirme la volonté du pouvoir de moderniser l’appareil sécuritaire national tout en redéfinissant ses partenariats historiques progressivement.


























