Libreville – Un chiffre alarmant vient jeter une lumière crue sur la gestion des ressources vitales au Gabon : 27 milliards de Francs CFA s’évanouissent annuellement dans les méandres des réseaux d’eau et d’électricité. Ce montant colossal, perdu à cause de fuites, de branchements illégaux et d’une surconsommation non facturée au sein de l’administration, représente un gaspillage structurel qui fragilise l’économie nationale et pénalise les opérateurs clés tels que la SOGEE et la SEEG.
Face à cette hémorragie financière, la Direction Générale du Budget (DGB) a décidé de passer à l’offensive. Un mémo interne, rendu public, révèle l’ampleur du problème : jusqu’à 40 % de l’eau produite disparaît avant d’atteindre les consommateurs, tandis que des milliers de branchements électriques clandestins engendrent des pertes techniques et commerciales massives. Ces dysfonctionnements, exacerbés par des tarifs obsolètes et une facturation défaillante, amputent directement les recettes de l’État et entravent les investissements indispensables à la modernisation de ces infrastructures essentielles.
La démarche de la DGB est louable et nécessaire. Reconnaître publiquement l’ampleur des pertes et proposer des mesures correctives témoigne d’une prise de conscience bienvenue au plus haut niveau de l’État. L’exigence d’audits rigoureux, la révision des tarifs, la réduction des pertes physiques et la lutte contre la fraude sont autant de leviers d’action pertinents pour assainir la situation. La menace de revoir les subventions publiques allouées aux régies constitue un signal fort, visant à responsabiliser davantage les gestionnaires de ces services.
Cependant, la critique ne peut s’arrêter à la simple énumération des bonnes intentions. La véritable épreuve réside dans la mise en œuvre concrète de ces mesures. L’histoire récente du Gabon est jalonnée d’initiatives louables qui se sont heurtées à des obstacles d’ordre politique, administratif ou social. La fraude et les branchements illégaux ne sont pas de simples phénomènes techniques ; ils sont souvent le reflet de réseaux complexes impliquant des complicités et des intérêts bien établis. Démanteler ces réseaux exigera une volonté politique sans faille, une transparence exemplaire dans les audits, et une application impartiale de la loi, y compris envers les agents de l’administration.
De plus, la question de la modernisation des réseaux d’eau et d’électricité, qui nécessite des investissements considérables, ne peut être dissociée de la lutte contre les pertes. Comment financer ces travaux si une partie significative des recettes futures est déjà hypothéquée par les dysfonctionnements actuels ? La révision des tarifs, si elle n’est pas accompagnée d’une amélioration tangible de la qualité du service et d’une communication transparente auprès de la population, risque de susciter une levée de boucliers. Il sera crucial de trouver un équilibre entre la nécessité de rentabiliser les services et le maintien de tarifs abordables pour les citoyens, en particulier les plus vulnérables.
Si la stratégie annoncée par la DGB est judicieuse sur le papier, son succès dépendra de sa capacité à surmonter les résistances, à garantir une application rigoureuse et équitable des mesures, et à mobiliser les ressources nécessaires pour une refonte profonde des infrastructures. Le pari est de taille, et les Gabonais attendent de voir si cette fois, le discours se traduira par des actes concrets et durables.
Par Yann Yorick Manfoumbi Manfoumbi












































