Libreville – La plateforme Facebook, souvent considérée comme l’un des derniers remparts de la liberté d’expression au Gabon, a vu disparaître le compte de l’ancien Premier ministre et figure de proue de l’opposition, Alain-Claude Bilie-By-Nze, le 15 novembre 2025. Cette suppression, survenue peu après celle de l’activiste « Princesse de Souba », alimente les craintes d’une stratégie de censure ciblée des voix dissidentes, particulièrement dans le contexte de l’actuel procès de Sylvia et Noureddin Bongo.
Le timing de cette fermeture est particulièrement troublant. Alors que le pays est suspendu aux développements de l’affaire Bongo-Valentin devant la Cour criminelle spéciale, un moment de haute tension politique et médiatique, la neutralisation du compte de Bilie-By-Nze, qui diffusait quotidiennement son podcast « Tout se Dire », prive l’opposition de l’une de ses principales tribunes. Avec plus de 33 000 abonnés, cette page constituait un canal de communication essentiel pour relayer ses analyses, dénoncer l’opacité des affaires publiques et appeler à une « Commission vérité, justice, réparation et réconciliation ».
L’absence totale d’explication officielle de la part de Meta, la société mère de Facebook, et des autorités gabonaises renforce le sentiment d’une action arbitraire. La réaction d’Alain-Claude Bilie-By-Nze sur X, dénonçant « l’hypocrisie d’un régime qui est la continuité, en pire, des précédents », souligne la perception d’une instrumentalisation des plateformes numériques à des fins politiques.
Le Parti Ensemble pour le Gabon (EPG) a fermement condamné cet acte, le qualifiant d’« atteinte grave à la liberté d’expression » et annonçant des démarches auprès de Meta. Cette démarche met en lumière la dépendance croissante des acteurs politiques vis-à-vis des géants technologiques américains pour l’exercice de leur droit à s’exprimer, soulevant la question de leur responsabilité dans la régulation du discours public dans des contextes fragiles démocratiquement.
La coïncidence avec la suppression du compte de « Princesse de Souba », suite à une vidéo potentiellement compromettante pour le pouvoir, suggère une stratégie coordonnée visant à étouffer les critiques. L’analogie faite par certains internautes d’une « privatisation de la répression de la parole », où Facebook deviendrait le « bras armé de la police du discours », est particulièrement pertinente. Elle met en évidence le paradoxe d’un espace censé être libre, mais dont les règles d’utilisation peuvent être interprétées ou exploitées pour servir des agendas politiques.
La fermeture du compte de Bilie-By-Nze ne se résume pas à un simple blocage technique. Elle interroge la nature de la bataille politique au Gabon, qui se joue désormais autant dans les prétoires que dans les serveurs californiens. Lorsque des algorithmes peuvent décider de réduire au silence des voix critiques, le pluralisme devient un privilège révocable, et la démocratie un concept fragilisé.
Par Yann Yorick Manfoumbi Manfoumbi











































