Depuis la fin de l’année 2023, le Gabon traverse une phase budgétaire d’une rare intensité, où l’urgence économique se mêle aux attentes sociales nées de la transition politique. Selon les analyses de TV+ Afrique, le pays tente de restaurer une crédibilité financière, auprès du Fonds monétaire International (FMI), mise à mal par une dette croissante, tout en répondant à une population en quête de réformes tangibles après août 2023.
À la clôture de 2023, la dette publique atteignait déjà 70,6 % du PIB, avant de grimper à 72,5 % en 2024, d’après la Banque mondiale. En valeur absolue, elle franchit un seuil critique : 8 600 milliards de FCFA en octobre 2025, contre 7 100 milliards un an plus tôt.
Les projections du FMI pour 2026 situent cette dette entre 70 % et 75 % du PIB, au‑dessus du plafond communautaire de la CEMAC. Fitch, de son côté, anticipe une trajectoire encore plus préoccupante, avec une dette pouvant atteindre 86,7 % du PIB en 2027.
Cette dynamique place le Gabon dans une zone de vulnérabilité financière où la rigueur n’est plus un choix politique, mais une condition de survie budgétaire.
Après un excédent de 1,8 % du PIB en 2023, les comptes publics replongent dans le déficit en 2024, estimé à 3 % du PIB. Cette dégradation s’explique par une politique expansionniste et une hausse des dépenses, dans un contexte où près de 70 % des recettes sont absorbées par le service de la dette.
Face à cette pression, les autorités, en concertation avec le FMI, procèdent dès la mi‑2024 à une révision budgétaire visant à encadrer les dépenses et renforcer la transparence.
Pour élargir la base fiscale, le gouvernement introduit en 2026 une taxe d’habitation comprise entre 1 000 et 30 000 FCFA par mois. Cette mesure, encore débattue, vise à financer les infrastructures publiques et à rassurer les investisseurs sur la capacité de l’État à mobiliser ses propres ressources.
Malgré les efforts sur les recettes, la maîtrise des dépenses reste un défi majeur. Les institutions financières internationales recommandent :
la rationalisation des subventions,
la priorisation des investissements à fort impact,
le renforcement des audits et du contrôle de la dépense.
Les missions d’assistance du FMI et d’AFRITAC ciblent notamment la gestion de la trésorerie, un maillon faible de l’administration gabonaise.
La confiance des partenaires dépend désormais de la capacité du Gabon à publier régulièrement ses données budgétaires, à assurer la traçabilité des opérations du Trésor et à réduire les arriérés, estimés à 443,6 milliards de fcfa en 2025.
Entre 2023 et 2026, le Gabon amorce un redressement progressif, porté par une meilleure mobilisation des recettes et une volonté affichée de discipline. Mais la trajectoire reste fragile. Sa soutenabilité dépendra de trois leviers majeurs : stabiliser la dette, poursuivre les réformes structurelles et diversifier l’économie.
La rigueur budgétaire ne se proclame pas : elle se construit dans la durée, par la constance des réformes et la crédibilité des engagements publics.


























