Libreville, 12 avril 2026 — Selon nos confrères de la presse judiciaire, le dossier judiciaire de Landry Nze Essame s’impose désormais comme un cas d’école des tensions pouvant surgir entre un justiciable, sa famille et son conseil. Au cœur de la controverse : Ange Kevin Nzigou, avocat inscrit au Barreau du Gabon, mis en cause par les proches du détenu pour ce qu’ils qualifient de carences dans l’exercice de la défense, sur fond de litige financier non résolu.
Tout commence en mars 2023, dans un contexte d’urgence. Incarcéré depuis plusieurs mois à la prison centrale de Libreville, Landry Nze Essame voit sa famille solliciter les services de Maître Nzigou, à qui elle confie le dossier avec l’espoir d’une action rapide et structurée. Une relation de confiance s’instaure, accompagnée du versement d’une provision de 6 millions de francs CFA, sur un montant global initialement évoqué de 12 millions.
Mais très vite, la situation se dégrade. Dans une correspondance adressée à l’Ordre, la famille dénonce une défense jugée insuffisante, évoquant notamment des absences lors d’actes essentiels de la procédure, un défaut de suivi régulier, ainsi qu’une absence de réaction face à certains éléments jugés préoccupants dans le dossier.
Au centre de ce différend se trouve la question des honoraires. L’avocat du barreau du Gabon reconnaît l’encaissement de la somme versée, tout en précisant qu’il s’agit d’un acompte sur des honoraires qu’il évalue à 10 millions de francs CFA, au regard de la complexité de l’affaire. Il invoque par ailleurs les règles déontologiques pour s’opposer à la désignation d’un nouveau conseil, tant que le différend n’a pas été tranché par l’autorité compétente.
Saisi à deux reprises, les 24 novembre 2025 et 2 mars 2026, le Bâtonnier de l’Ordre des avocats n’a, à ce jour, pas rendu de décision. Ce silence prolongé a pour conséquence directe la paralysie de la procédure judiciaire, déjà marquée par plusieurs renvois. Une nouvelle audience est prévue le 21 avril 2026, mais son issue demeure incertaine, suspendue à un arbitrage ordinal toujours attendu.
Au-delà des positions respectives des parties, cette affaire met en lumière une problématique plus large : celle de l’articulation entre les droits de la défense et les litiges relatifs aux honoraires. Peut-on, en matière pénale, subordonner la continuité de la défense à un différend financier ? La question, loin d’être théorique, engage directement les principes fondamentaux du procès équitable.
Dans un État de droit, la célérité des décisions ordinales apparaît ici déterminante. Car lorsqu’un arbitrage tarde, ce ne sont pas seulement des intérêts financiers qui sont en jeu, mais bien l’effectivité même du droit à une défense pleine et entière.
Dans l’attente d’une décision du Bâtonnier, le dossier Nze Essame demeure suspendu, illustrant les fragilités d’un système où la régulation déontologique conditionne, dans les faits, l’accès à la justice.
Un proverbe de Lambaréné dit : « Quand deux hommes se disputent la corde, c’est souvent celui qui est attaché qui souffre le plus. »


























