Depuis l’arrivée d’EBOMAF au Gabon, une interrogation fondamentale émerge : cette entreprise burkinabè, présentée comme un acteur clé de la modernisation du pays, est-elle vraiment à la hauteur des attentes ou incarne t-elle une nouvelle illustration des dérives. de la gouvernance ?
Le 30 août 2023, beaucoup espéraient un tournant décisif pour le Gabon. Cette date semblait prometteuse, laissant entrevoir un avenir marqué par la rigueur, la transparence et l’éthique dans la gestion des affaires publiques. Pourtant, comme ce fut le cas après la Seconde Guerre mondiale avec la création de l’ONU, les promesses d’un renouveau ont rapidement cédé la place à une réalité bien différente. En quelques mois, l’arrivée d’EBOMAF, établie en acteur incontournable des grands projets, a relancé les débats sur les pratiques opaques et les contrats douteux.
En effet, EBOMAF s’est imposée dans des secteurs stratégiques tels que la construction de routes, la fourniture de matériel agricole, ou encore l’acquisition d’aéronefs et de bateaux. Pourtant, ces attributions de marchés, réalisées sans appels d’offres, soulèvent des interrogations quant à leur légalité et à leur légitimité. Cette entreprise, par ailleurs éconduite du Burkina Faso pour des surfacturations présumées, semble jouir d’un soutien sans faille des autorités gabonaises, au mépris des règles élémentaires de transparence.
Ce favoritisme s’accompagne de coûts faramineux. Les milliards de FCFA engagés dans ces projets, sans consultation préalable ni évaluation de leur véritable pertinence, posent la question de la rationalité économique de ces choix. Pire encore, ces pratiques semblent se dérouler sous le regard complaisant d’un Parlement peuplé de figures pourtant reconnues pour leur militantisme en faveur de la bonne gouvernance. Ces personnalités, ici encore critiques acerbes des dérives d’OLAM ou de l’ANGT, se murent aujourd’hui dans un silence complice face à l’omniprésence d’EBOMAF.
L’ironie est frappante : les mêmes acteurs qui, hier, dénonçaient avec véhémence les abus de l’ancien régime, se retrouvent aujourd’hui à prudence des pratiques similaires. Cette situation reflète un renversement troublant des valeurs et une instrumentalisation inquiétante des institutions censées garantir l’intérêt général. En tolérant cette dérive, le Gabon semble s’éloigner des promesses d’un « nouveau départ » fondé sur la transparence et la redevabilité.
Ainsi, l’exemple d’EBOMAF ne fait que renforcer les doutes sur la sincérité des réformes annoncées. Plutôt que de s’engager dans une gouvernance responsable et rigoureuse, le pays semble s’enfoncer dans un système où règnent l’opacité et le favoritisme. Le défi, pour le Gabon, reste immense : saura-t-il s’affranchir de ces pratiques pour construire un modèle de développement réellement inclusif et équitable, ou continuera t-il à emprunter une trajectoire qui le condamne à reproduire les erreurs du dépassé ?
Le sursaut citoyen et politique nécessaire pour redresser la situation est-il encore envisageable ? Ou faudra-t-il, une fois de plus, attendre une crise pour réorienter le pays vers un avenir plus prometteur ?
Par Roland OLOUBA OYABI, Directeur de Publication de Gabon Mail infos, diplômé de l’École supérieure de Journalisme de Lille et de l’Université de Lille puis diplômé en Management de l’Université de Johannesburg


























