Il y a une ironie propre aux grandes organisations : plus elles parlent de transparence, plus on scrute leurs silences. Après une décennie à la tête de la FIFA, Gianni Infantino laisse derrière lui un bilan que ses soutiens qualifient d’expansionniste et que ses détracteurs jugent essentiellement communicationnel.
Depuis son élection en 2016, à la suite du séisme institutionnel qui avait emporté l’ère Sepp Blatter, Gianni Infantino a promis une FIFA réformée, modernisée et redistributive. De fait, les revenus ont augmenté, les compétitions se sont élargies, et les programmes de financement aux fédérations ont été renforcés. Sur le plan budgétaire, l’organisation affiche une puissance consolidée.
Mais la gouvernance ne se mesure pas seulement en milliards
Plusieurs observateurs pointent un affaiblissement des commissions indépendantes, notamment juridiques et éthiques. La question de leur autonomie réelle demeure sensible. Une institution sportive mondiale ne peut prétendre à la crédibilité si ses organes de contrôle sont perçus comme subordonnés à l’exécutif. Le contrôle interne n’est pas un détail administratif : c’est la charpente morale d’une organisation.
L’opacité reprochée à certaines fédérations nationales alimente également les critiques. Des affaires de gestion controversée, comme celle de la Fédération congolaise de football (FECOFOOT), interrogent sur la publication effective des audits et sur la cohérence des sanctions. Dans un système où les fonds de développement sont abondants, l’exigence de traçabilité devrait être proportionnelle aux montants engagés.
Plus grave encore sont les accusations d’inaction face aux abus sexuels sur mineurs. Le dossier gabonais, impliquant des dirigeants de la Fédération Gabonaise de Football, a profondément marqué les consciences. Si un entraîneur, dit « Capello », a été sanctionné, d’autres responsables ont continué à bénéficier de soutiens institutionnels, malgré l’existence d’un rapport indépendant commandé par la FIFA. La protection des mineurs devrait constituer une ligne rouge absolue, non un arbitrage diplomatique.
Des critiques similaires émergent sur les matchs truqués et certaines situations au sein de fédérations comme celle d’Afghanistan, où les accusations ont alimenté un débat sur la cohérence des réponses disciplinaires.
En parallèle, un phénomène intrigue : la consolidation politique du président au sein même de l’organisation. L’augmentation des financements directs aux fédérations s’est accompagnée d’un climat électoral souvent marqué par des candidatures uniques dans plusieurs confédérations. Les défenseurs d’Infantino y voient une stabilité institutionnelle ; ses opposants y lisent une centralisation stratégique du pouvoir.
La question fondamentale n’est pas de savoir si la FIFA est plus riche. Elle l’est. La question est de savoir si elle est plus forte dans son indépendance, plus ferme dans ses principes, plus exigeante dans son éthique.
Le football est un langage universel. Mais lorsqu’il devient un instrument de pouvoir sans contrepoids suffisant, il cesse d’être un simple jeu. Il devient un miroir de nos failles politiques : concentration, loyauté conditionnelle, communication maîtrisée.
Une gouvernance sportive crédible repose sur trois piliers : transparence réelle, indépendance des contrôles, et protection absolue des plus vulnérables. Sans ces fondations, même les stades les plus modernes résonnent d’un écho fragile.
À Lambaréné, on dit : « Quand le chef parle seul trop longtemps, le village finit par se taire… mais il n’oublie pas. »
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